À LA CONQUÊTE DE LA NUIT

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Enfant, je croyais que le bonheur était au bout de la nuit car ma mère me répétait que le jour finit toujours par se lever : les moments difficiles ont toujours une fin. Comme je suis très cartésienne, j’ai longtemps essayé de mesurer la durée des moments difficiles, de résoudre les équations de la vie. Dans toutes ces équations, trois variables sont restées inconnues : la logique des choses, ce qu’on attend d’autrui et le temps. 

Je suis arrivée à la conclusion qu’il n’y a pas de logique dans les moments de vie que nous traversons. Demain ne sera pas toujours meilleur parce qu’aujourd’hui est difficile. Demain sera peut-être pire qu’aujourd’hui et on ne saura jamais pourquoi. Pourquoi est-on choisi à la place de cette autre personne qui mérite autant que nous? Pourquoi traverse-t-on cette tempête? Pourquoi le bonheur nous sourit-il? Autant de questions qui resteront sans réponse…

La deuxième inconnue, ce sont les gens autour de nous. Pour moi, le bonheur ne se calculait pas à l’argent car il vient et repart. Le bonheur résidait dans les bras de l’homme qu’on aime, dans le sourire de sa sœur, dans les pas de danse qu’on esquisse avec sa mère. Le bonheur était notre entourage et non le matériel. Aussi les gens me rendraient heureuse si moi je le faisais en retour. Alors tout au long de ma vie j’ai appris à être la personne qui s’écrase durant une dispute car je ne veux pas que mon bonheur s’éloigne de moi. J’ai été cette personne qui devait prendre sur elle car il fallait préserver la personne à mes côtés. 

Enfin, la dernière inconnue c’est le temps. Ce temps si précieux mais insaisissable. Ce temps qu’on souhaiterait arrêter pour vivre éternellement un moment de bonheur. Ce temps qu’on aimerait remonter pour dire je t’aime.

L’évidence est que le temps ne nous appartient pas, il défile et emporte avec lui jeunesse, force et santé.

Après des années de réflexion, je réalise que nous ne pouvons pas trouver les solutions aux équations de la vie. Pourquoi devrait-on alors poursuivre un bonheur incertain au bout de la nuit? Est-on sûr qu’au lever du jour, le ciel ne sera pas obscurci par une tempête ou un orage?

Et si le bonheur se trouvait dans l’obscurité de la nuit?

À force d’attendre le lever du jour, on passe la nuit à regarder les étoiles sans contempler leur beauté. Le bonheur ne se trouve pas dans l’attente passive du jour mais plutôt dans la conquête de la nuit.

La lune est certes moins brillante que le soleil mais c’est tout de même une lumière dans les ténèbres. Face aux difficultés, j’attendais patiemment de voir le bout du tunnel pour vivre pleinement, pour respirer à pleins poumons. Et si la vie était finalement un tunnel sans fin ?

J’ai compris qu’attendre que les choses aillent mieux ou que les gens me rendent heureuse était confier mon bonheur à autrui. Un fait est que ce n’est ni un parent, ni une sœur, ni un partenaire, encore moins un ami qui est responsable de mon bonheur. Je suis la seule personne responsable de cela. Autant leur présence y contribue, autant j’ai appris à créer mon bonheur seule. Je suis heureuse quand je suis assise dans un parc avec un casque bluetooth contemplant les passants, je suis heureuse quand je prends un billet de train pour visiter une ville que je ne connais pas, je suis heureuse quand je danse dans la pénombre au réveil. Je suis heureuse parce que j’ai décidé que je devrais l’être et ce n’est de la responsabilité d’aucune autre personne. 

La femme que je suis refuse d’attendre passivement “les moments de bonheur” car le temps perdu à attendre ne se rattrape pas. Je pense que vivre c’est profiter pleinement de la lune et célébrer le soleil. Même dans les moments les plus difficiles d’une vie, il faut créer soi-même des petits moments de bonheur. 

Plutôt que de chercher la logique des choses, “le pourquoi du comment” comme on dit  chez moi, il vaut mieux mettre son énergie à faire des choses qui nous rendent heureux. On ne peut maîtriser pleinement les aléas de la vie. Nous contrôlons uniquement notre réponse face à l’adversité. Aujourd’hui j’ai rencontré mon bonheur et c’est de vivre pleinement seule ou accompagnée toutes les tranches de vie.

Marion, Exaucée.

4 commentaires sur “À LA CONQUÊTE DE LA NUIT”

    1. Intéressant, bien pensé.
      A chaque jour suffit sa peine.
      Vivre et profiter du moment présent, le lendemain prendra soint de lui même. Les inquietudes n’ont jamais apporté de solutions, il faut oser :
      Affronter
      Entreprendre
      Franchir
      Le changement.
      La logique ne s’adapte pas à tous.
      Peu importe comment est ce qu’on s’y prend, une bonne détermination peu faire écourter la durée de la nuit.

  1. C’est profond et magnifique à la fois, vivre heureux chaque jour c’est le plus important, pour moi le bonheur se crée on passe parfois trop de temps à poursuivre des chimères et on oublie de jouir du présent!!!!!

  2. «Le bonheur résidait dans les bras de l’homme qu’on aime, dans le sourire de sa sœur, dans les pas de danse qu’on esquisse avec sa mère»
    Cet article est solaire , il illumine nos pensées et invite à la résilience
    Merci Mesdames !

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