BRÛLE MA FILLE, BRÛLE

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J’ai fait un sondage sur Instagram pour savoir s’il fallait ou pas frapper son enfant. J’ai eu deux réponses diamétralement opposées de jeunes mères que j’admire beaucoup. Pour l’une c’était une nécessité car on n’éduque pas sa progéniture juste avec la carotte; il faut parfois la chicotte pour apprendre certaines leçons. La deuxième quant à elle, ne frappe pas les siens. Elle m’assurait qu’ils étaient sages et estimait qu’il n’y avait aucun besoin de chicotte car ce sont avant tout des êtres humains avec une conscience.

L’idée de faire ce sondage m’est venue après une journée au parc en compagnie d’un jeune couple et de leurs deux enfants : une petite fille de six ans et un garçon de deux ans. Le plus jeune apprenait à parler, son langage n’était tellement pas affiné qu’il me fallait parfois de longues minutes avant de saisir ce qui était dit. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que les parents demandaient toujours l’avis de leurs petits avant de faire n’importe quelle activité. Ils n’imposaient rien à personne et chaque enfant était libre d’accepter ou de refuser tout ce qu’on lui proposait. La mère tenait des conversations avec son fils comme avec un adulte. Plusieurs fois, elle essayait de trouver des compromis pour que chacun s’amuse et ne fasse que ce qu’il souhaitait. Son mari et elle ne frappaient pas leurs enfants, discutaient avec eux, et prenaient en compte leurs avis. À ma grande surprise, ils étaient sages et assez autonomes pour leurs âges. Vivre cette expérience me changeait de l’éducation autour de moi qui était souvent d’imposer des choses aux enfants. Très peu de parents prennent la peine de discuter avec eux sur des sujets qui les concernent. Les frapper et leur imposer des choix sont-ils vraiment la meilleure façon de les élever ?

La question m’a replongée dans mes souvenirs. L’une de mes plus grosses bêtises d’enfant a été de mettre le feu à la maison. J’avais appris à l’école que l’acier pouvait fondre sous certaines températures. En rentrant à la maison je voulais essayer pour vérifier cette théorie. De ce fait, j’ai allumé une bougie près de la fenêtre dans l’espoir de faire fondre la toile moustiquaire. La toile moustiquaire est une sorte de grillage qui empêche les moustiques d’accéder à la maison. Malheureusement c’était du plastique et la fenêtre a commencé à prendre feu. Je ne me rappelle plus qui avait tout éteint mais j’attendais le retour de mon père avec la boule au ventre car je savais que j’allais être punie à la hauteur de ma bêtise. À son retour, on lui avait expliqué ce que j’avais fait, contre toute attente, il a ri aux éclats. Il m’a dit que j’étais comme Pascal Lissouba: j’étais une petite fille un peu trop curieuse et intelligente comme lui et je finirai sûrement scientifique. Ce qui m’a valu le surnom de Pascaline à la maison. Nous avons passé la soirée à faire des recherches sur la température de fusion de l’acier mon père et moi, il m’a ensuite expliqué les dangers de mettre le feu à la fenêtre. Depuis cet incident je peux vous dire que la température de fusion de l’acier tourne autour de 1500 degrés Celsius. Le plus important, c’est que j’avais intégré que je ne pouvais mettre le feu à quoi que ce soit dans la maison.

Étant plus jeune, on a tous déjà eu à répondre à la question quel était le parent qu’on aimait le plus. Je répondais toujours les deux mais au fond de moi la réponse était évidente : c’était mon père. Aujourd’hui, avec le recul je ne dirai pas que c’était le parent que j’aimais le plus mais c’était celui avec qui j’avais une meilleure relation. Il n’avait rien d’exceptionnel et était loin d’être un père parfait, mais c’était le premier adulte et l’un des seuls de mon entourage qui me montrait que ma voix comptait, que mon opinion importait et que j’avais le droit de la donner. Concernant les décisions importantes de ma vie, il me laissait toujours la possibilité de m’exprimer. J’avais cette illusion que je prenais toutes les décisions, même si on revenait toujours à son idée de départ. Durant les conversations houleuses, quand il donnait de la voix, je lui rappelais qu’il pouvait parler doucement et automatiquement il diminuait le son de sa voix. Je n’ai jamais eu peur de lui dire ce que je pensais, quel que soit le sujet. Parfois sous l’effet de la colère je déborde dans mes propos mais je sais que derrière je serai écoutée malgré tout. Ne pas me frapper et ne pas essayer de m’imposer des choses avaient favorisé une communication ouverte et franche entre nous. 

Quand un adulte me frappait pour une bêtise j’avais principalement deux réactions. Soit ça me révoltait et pour le défier je refaisais la même chose ou pire encore. Soit je m’en foutais simplement, comme le dit un dicton ouest-africain « cabri mort n’a pas peur de couteau ». 

Alors de mon expérience d’enfant, je peux dire que frapper ce n’est pas la meilleure solution et mon avis de parent un jour peut-être je vous le donnerai. Je conclurais cet article avec cette réponse d’un ami sur Instagram

« La violence physique sur un enfant n’a nulle autre vertu que de le fragiliser et de l’endurcir dans son erreur. La communication basée sur la compréhension mutuelle l’aidera à évoluer dans ce monde. Il faut apprendre à communiquer, parfois hausser le ton pour s’imposer mais toujours en étant bienveillant et en aidant l’enfant à grandir. On se rend compte qu’il comprend car c’est un être à part entière. Pour nous, qui avons été battus, j’en déduis que c’est le seul moyen de communication que nos parents connaissaient. Cette correction physique a malheureusement laissé des séquelles ancrées au plus profond de nous ».

 Exaucée.

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