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Burn out

Source image : Tara Winstead pour pexels

Je n’en pouvais plus…

Je suis psychologue clinicienne, diplômée depuis 2019, en plus de cela je suis membre d’une association qui promeut les droits en santé sexuelle et reproductive mais encore, je travaille dans le domaine de la protection de l’enfance. À une période, j’ai eu le sentiment d’avoir tout pour moi. Certains diront que c’est la grâce de Dieu et d’autres me féliciteront de ces accomplissements. Je débutais une activité de consultations en ligne, tout en étant présidente des jeunes de mon association. Dans la structure où je travaille, j’ai été choisie pour gérer un projet hors de ma ville, en plus de cela j’entamais une aventure de rédaction avec des amies. J’avais l’occasion de me découvrir, d’apprendre de nouvelles choses et de gagner de l’argent. Que demander de plus ?

Je me considérais comme une privilégiée car comparée à beaucoup de jeunes congolais en recherche d’emploi, moi, j’avais une fenêtre pour m’en sortir. En plus de cela, j’avais l’occasion de travailler pour des causes qui me tiennent à cœur et d’aider des personnes qui sont dans le besoin. Toutes ces idées m’ont encouragé à prendre à bras le corps mes responsabilités et à assumer toutes les charges auxquelles je m’étais engagée. Seulement, je n’avais pas pris en compte tout ce que ça me demanderait en termes de temps, d’organisation et d’énergie. En fait, je passais mes journées entre les appels téléphoniques et les réunions. Habituellement j’accorde beaucoup d’importance à mes routines de nuit: je fais une toilette, je prends un thé et je me mets devant un film ou un livre pour m’aider à dormir. Mais, à cette période, je ne faisais rien de tout cela. Tous les soirs, je m’endormais simplement sur mon ordinateur. J’oubliais de m’alimenter et de prendre soin de moi. Je n’avais qu’une seule idée en tête: il fallait que je me montre à la hauteur. Il fallait que je sois la meilleure présidente possible, la meilleure coordonnatrice de projet, que j’accompagne correctement tous mes patients et que j’écrive de beaux articles.

Imaginez un peu mes journées, je me battais avec le calendrier dans le but de satisfaire tout le monde mais c’était humainement impossible. Au final, je n’étais pas assez présente dans mon association, je rendais des articles baclés pour le blog et j’oubliais des rendez-vous. Je suis perfectionniste de nature et quand je n’ai pas l’impression de me donner à fond dans une tâche, quel que soit le résultat, je culpabilise. Lorsque les remarques des autres s’ajoutent à ma propre culpabilité, je sature, je perds confiance en mes capacités. À cette période j’étais épuisée physiquement, émotionnellement et j’avais l’impression que quoi que je puisse faire, je ne le ferais jamais correctement. J’étais fatiguée d’avoir autant de choses à faire mais je ne pouvais pas me résigner à lâcher certaines tâches. En plus de cela, j’ai commencé à dealer avec des maux de tête, des nausées, des trous de mémoire et de l’irritabilité.

Je suis restée dans cette situation un bon moment avant de décider de changer…

Ce que je vivais a un nom : le burn out ou syndrome de l’épuisement professionnel. En tant que psychologue, j’étais censée y remédier seulement… Nous sommes de très bons conseillers lorsqu’il s’agit des autres mais nous n’appliquons pas toujours nos propres conseils. J’étais convaincue qu’il fallait que je me donne plus, que j’étais assez forte pour me passer de soins. C’est assez commun pour le personnel soignant, nous nous sentons responsables de la santé des autres et cela nous donne une obligation de perfection. Lorsqu’un thérapeute n’accomplit pas correctement ses tâches, c’est un être humain qui en pâtit.

Mais, l’épuisement professionnel n’est pas seulement observé chez les agents de santé, toutes les professions sont concernées. Récemment j’ai découvert que bons nombres de bénévoles dans le monde y était aussi exposés. Il n’y a pas un travail spécifique qui nous immunise contre le burn out. Que l’on soit blogueur, informaticien, comptable ou mécanicien, nous n’en sommes pas épargnés.

Il existe des signes pouvant nous indiquer que nous traversons une phase  de burn out :

Les signes physiques : se sentir fatigué et épuisé la plupart du temps, avoir des maux de tête régulièrement et des douleurs musculaires. Vous pouvez aussi avoir une perte d’appétit et des troubles du sommeil. 

Les signes émotionnels / psychologiques : ils se manifestent par une perte de motivation et un doute accru de ce que l’on fait au quotidien. Ce qui a pour conséquence un manque de confiance en soi et en ses capacités. La personne vivant le burn out aura le sentiment de ne pas être aidée, comprise et se sentira seule au monde. Cela fera accroître la perception négative de soi et une diminution de la satisfaction personnelle.

Les signes comportementaux : au cas où les signes physiques ou émotionnels échappent à la personne vivant un burn out, les signes comportementaux peuvent alerter les autres. Ils se manifestent par le fait de s’isoler des autres et de ne plus faire face à ses responsabilités ou à ses engagements. Plus l’état sera avancé, plus elle aura tendance à procrastiner . Aussi, elle transférera ses frustrations sur les autres. D’autres s’adonnent à la nutrition excessive pour noyer leur émotion, à la drogue ou à l’alcool.

Plusieurs facteurs nous exposent à un burn out. Le trop plein de travail et une ambiance oppressante peuvent nous coûter cher. C’est pour ces raisons qu’il est conseillé de mieux s’organiser. Il faut planifier ses tâches pour ne pas s’éparpiller. Mettre en place un fichier excel ou un agenda avec les tâches de la journée serait un bon début. En parallèle, il est judicieux de faire des mini pauses entre nos différentes tâches. Cela permet de souffler et de prendre du recul sur les sujets que l’on traite. Toutefois, les tâches doivent être réalistes et au besoin, il faut les déléguer et / ou demander de l’aide.

Une activité en dehors du boulot qui casse la routine “maison-boulot-dodo”, est vivement souhaitée. En plus de cela, il faudra veiller à avoir une bonne routine bien être : manger, boire, se reposer. Nous n’avons qu’un seul corps qui nous accompagnera tout le long de notre vie, il faut bien s’en occuper. Nous devons aussi communiquer entre collègues sur les problèmes récurrents pour se soutenir et chercher des solutions ensemble. Si la surcharge est d’ordre familial, il est important de communiquer à la maison avec son partenaire et établir des règles qui vous conviendraient mutuellement. Il est de la responsabilité de tous (individu, famille, employeur), de favoriser une communication saine et un soutien mutuel.

Cependant, si malgré toutes ces précautions vous constatez des signes d’alerte comme ceux cités plus haut, alors n’attendez pas! Prenez rendez-vous avec un.e médecin/psychologue pour en parler. Laisser un burn out s’installer est une très mauvaise idée. À long terme, il peut provoquer de graves troubles de santé tels que la dépression, des troubles anxieux, des troubles du sommeil ou des addictions. En dehors de l’atteinte du psychisme, il y a également un risque de développer des affections cardio-vasculaires, musculo-squelettiques et immunitaires. C’est pourquoi il faut agir tôt.

La première chose à faire lorsqu’on vit un burn out c’est d’accepter qu’on a un problème, ensuite il faut demander de l’aide pour y remédier. La toile est remplie d’astuces et de bonnes idées pour guérir de tous les maux mais ne commettez pas l’erreur de suivre uniquement les coachs de Google. Rapprochez-vous d’un.e thérapeute et apprenez à prendre soin de vous. La thérapie peut être orientée sur plusieurs aspects de vos vies : le travail, les passions et la vie sociale. Si cela est nécessaire, on vous conseillera un arrêt de travail pour une période donnée, l’objectif étant de vous accorder un temps de repos et de vous ressourcer. Cela vous permettra également de mieux vous préparer au retour à l’emploi.

En parallèle à la thérapie, la famille et l’employeur peuvent être de bonne aide. La personne affectée a besoin de vivre dans un environnement sain, de sentir qu’elle est comprise et soutenue par ses proches. Au Congo, nous avons pour habitude de négliger les symptômes d’épuisement, on les associe à un manque de volonté ou à trop de fragilité. Mais il faut savoir que nous sommes humains et qu’il nous arrive de flancher. Alors il ne faut surtout pas tourner en dérision un collègue ou un frère qui traverse un burn out, il faut le soutenir et faire en sorte de créer un espace sain pour l’accompagner dans la guérison.

Le burn out peut toucher n’importe qui, hommes comme femmes à proportion égale. Lorsque vous verrez les signes précurseurs avant l’avalanche ne tardez pas à en parler et  à le faire à la bonne personne. De plus, ayez un emploi du temps réaliste, sain et surtout écoutez-vous.

Prenez soins de vous,

Anges et Estia.

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