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CEO DES ZINTERNET

Source image : popbuzz

J’ai une profonde admiration pour les personnes qui évoluent dans le domaine des nouvelles technologies. C’est une sphère en perpétuelle évolution qui demande de s’informer et de se réinventer continuellement. Pour s’illustrer en fin expert dans les Techniques de l’Information et de la Communication (TIC), il faut avoir plusieurs soft skills et hard skills (compétences humaines et techniques).

Comme dans tous les domaines qui suscitent mon intérêt, je me focalise en premier lieu sur mon environnement direct, à savoir le Congo puis je m’étends à l’Afrique et ensuite au monde. J’ai suivi plusieurs acteurs du numérique sur les réseaux sociaux, surtout ceux qui se font remarquer par les prix et les distinctions. De loin il y a ce sentiment de fierté de voir les jeunes de chez soi faire bouger les lignes et s’en sortir dans un milieu qui ne leur est pas toujours favorable. Réussir dans ce secteur d’activité en vivant dans un pays où le prix des datas* est extrêmement élevé et ayant un cadre socio-politique qui ne favorise pas toujours notre éclosion c’est être un Avenger

Malheureusement ou heureusement, la vie m’a permise de fréquenter ces talents d’un peu plus près et de scruter leurs activités de façon objective. Parmi eux, il y a cette femme que j’admirais beaucoup et qui proposait une solution à un réel problème. Disons-le dans la plupart des cas, les réalisations des congolais dans ce domaine ne sont pas en adéquation avec les problèmes auxquels nous faisons face. Elle avait gagné pas mal de prix pendant des concours locaux. On la voyait aussi dans de nombreux événements technologiques à l’international. Lors d’une conversation autour d’un verre, j’ai appris que sa startup avait huit ans d’existence. Elle avançait des chiffres pour appuyer les résultats supposés du lancement de son produit, mais avec une recherche rapide de 20 minutes sur google on se rendait compte que ses paroles étaient un gros enfumage. Durant ce débat, quand les questions devenaient plus profondes sur son chiffre d’affaires, ses clients ou autre, soit elle évitait de répondre (encore que c’est son droit), soit ses réponses n’avaient aucun sens. Avec le recul, j’en arrivais à la conclusion qu’il n’y avait jamais eu de produit. Cette amie faisait partie des entrepreneurs qui surfaient sur la tendance et se présentaient aux concours avec le même projet années après années. 

Les mois suivants, j’ai fait la connaissance de Sacha (nom d’emprunt, soyons professionnels dans le kongosa**) qui était cité dans tous les journaux congolais. À vrai dire je n’ai jamais vraiment cherché à savoir ce qu’il faisait réellement. Je savais juste qu’on le présentait comme une pépite ayant un avenir radieux. On le voyait constamment dans des événements avec des “grands” et beaucoup en faisaient un retour plus qu’élogieux. Après un échange de quelques heures avec lui sur son projet de robotique, j’ai compris qu’il faisait de la programmation très basique. Le plus regrettable dans tout ça c’est que les conférences, journaux et autres n’avaient aucune valeur ajoutée au déroulement de sa vie. Dans son quotidien, même se nourrir était un vrai challenge. Ces sorties médiatiques lui permettaient d’avoir quelques billets de temps à autre sans plus.

De nombreux entrepreneurs ont la conviction que c’est la technologie qui va développer le Congo et rien d’autre. Les modèles proposés comme étant révolutionnaires sont du déjà-vu sans aucune valeur ajoutée. Je veux dire présenter une application comme étant le whatsapp congolais, moins performant et dont le seul argument marketing soit son origine n’a aucun sens pour moi. Le pire c’est que vouloir échanger avec les concernés sur leurs failles c’est être un hater. On croirait être en face d’une secte ou des illuminés vivants dans leur cocon. Il est aberrant qu’en tant que potentiel futur utilisateur mon avis est perçu comme de la mauvaise foi, quand bien même je m’appuie sur des chiffres pour étayer mon argumentaire.

La mauvaise foi c’est plutôt se présenter comme un.e gourou dans le milieu congolais à qui veut l’entendre alors que tout ce que l’on sait faire c’est la réalisation de sites internets grâce à wordpress.

La mauvaise foi c’est présenter des projets comme des révolutions alors que c’est du copié-collé, et encore une copie médiocre qui ne s’adapte pas aux réalités du marché visé.
La mauvaise foi c’est faire des concours son business model. 

La mauvaise foi c’est vouloir lever des fonds alors qu’on est conscient qu’on a rien de concret à présenter juste des éternelles paroles.

Les TIC représentent peut-être le futur du Congo mais ce futur est encore lointain. Les bases ne sont ni posées, ni structurées. Nous sommes dans un pays où les besoins élémentaires pour l’éclosion du numérique comme l’énergie ou l’accès aux datas ne sont pas comblés. Comment attendre d’une personne qu’elle recharge des données pour utiliser une application si cela reviendrait à se priver de son seul repas quotidien ?

Étant de ceux qui pensent qu’il faut viser les étoiles, il est important de cibler un plus grand marché que le nôtre. La pénétration internet au Congo  ne représentait que  près de 9% de la population en 2017 selon les données de la Banque Mondiale. Pour capitaliser sur son projet, il faut miser sur un plus grand marché, idéalement atteindre des marchés à la hauteur continentale. Pour ce faire, on se doit d’être très compétent et repousser continuellement ses limites car les autres ne sont pas là pour faire de la figuration. Se former devient primordial et surtout avoir des propositions adaptées aux utilisateurs.

En somme, cessez d’être ces CEO qui le crient à longueur de journée sur internet sans produits de fond mais soyez des pépites parce que to lembi pe***. De notre côté, nous nous chargerons de vous soutenir et de porter haut vos projets.

The hater.

Data* : données

Kongosa** : commérage

To lembi pe*** : on est fatigué

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