CLUB IMANIA: LE PARDON

Source Image: iamjenpearson

Avez-vous déjà participé à un club d’écriture?
C’est l’endroit où on laisse son imagination vaquer, où on teste ses limites.

Il est en général formé d’un groupe de personnes voulant améliorer, pratiquer, diversifier leur manière d’écrire. C’est l’occasion d’essayer un style différent, juxtaposer des mots qui semblent ennemis, tester des approches. Chacun vient avec son bagage et ses connaissances: il s’agit d’apporter sur la table ce que l’on sait et apprendre des autres.
C’est une cuisine littéraire, une soupe, un remue-méninge. On en ressort plus créatif une fois exposé aux idées des autres.

Chaque club fonctionne différemment mais en général des exercices sont proposés afin de stimuler l’imagination de chacun et générer les textes les plus improbables. Un énoncé, souvent un mot, une phrase ou une expression, peut être choisi; puis il est demandé à chaque membre de coucher par écrit ce que cela lui inspire. On se retrouve ainsi avec une variété de morceaux mais aussi de visions car le même mot ne suscite pas les mêmes émotions chez tout le monde.

Aujourd’hui, Imania vous invite au sein de son club d’écriture.
Prenez place et observez comment la team edition formée de Jenny, Estia et Sylvia interprètent l’énoncé du jour qui est “ le pardon’’.

Voici ce qui en est né:

« Lemvo*, pardon. En entendant ce mot, la première chose à laquelle je pense c’est l’oraison dominicale: “pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés”.
Le pardon est tellement important, que DIEU nous rappelle que si nous ne l’accordons pas, nous aussi ne profiterons pas de cette grâce. Oui, le pardon est une grâce car il s’agit d’annuler, de passer outre un tort qui nous a été fait.
Nombreux disent qu’on le fait d’abord pour soi, pour se libérer d’un  poids, pour ne plus être emprisonné par la rancune et la haine. Je suis en partie d’accord. Après avoir subi un affront, il serait dommage de rester prisonnier de cet acte quand le bourreau, lui,  continue sa vie sans remords. Albert Einstein a dit: les gens faibles se vengent, les gens forts pardonnent, les gens intelligents ignorent.
Pardonner c’est sortir de l’emprise du mal qui nous a été fait, c’est envoyer la personne qui croyait nous briser se faire foutre. Seulement, je pense que le pardon inconditionnel ne s’accorde pas pour tout. Il existe des actes graves comme le viol et le meurtre qui méritent justice.
Je suis contre ceux qui pensent que pardonner soit incompatible avec le fait de demander réparation et qui disent “quand on pardonne on oublie, pourquoi dénoncer?’’ beh parce que je ne suis pas JÉSUS! Si tu n’es pas puni  pour ton acte, qui me dit que tu ne feras pas la même chose à quelqu’un d’autre et que tu as compris la leçon?
Je pense surtout que pardonner doit être un choix personnel. N’imposons pas à d’autres de le faire sous prétexte que c’est la chose à faire. Si pour trouver la paix, l’autre a besoin de faire payer son bourreau, tenez-lui la main et soutenez-le! » Jenny

«L’erreur est humaine, le pardon est divin. Alexander Pope

Une sœur qui m’a offensé, une amie qui m’a abandonné, un amoureux qui s’en est allé.

J’ai tellement de choses à pardonner aux autres. Je dois leur pardonner d’avoir laissé leurs complexes prendre le dessus sur nos relations, je dois leur pardonner d’avoir pensé à leurs intérêts avant le nôtre, je dois leur pardonner d’avoir réduit ma personnalité à l’une de mes erreurs et de s’en être allés après une seule dispute…

Je dois leur pardonner mais je dois aussi me pardonner. Je dois pardonner ma naïveté pendant toutes ces années, je dois me pardonner d’avoir agi sans calculer mes réactions, je dois me pardonner d’avoir cru que c’était de ma faute.

On dit souvent que le pardon libère et je sais quel effet positif il a sur la vie d’une personne. Cependant, ces discours ne rendent pas plus facile le fait de pardonner. C’est d’ailleurs parce que c’est si difficile de le pratiquer qu’il est considéré comme un pouvoir, une force. Lorsqu’on pense avoir fait les choses comme il fallait, qu’on est convaincu de ne pas avoir mérité ce mauvais traitement, on produit intérieurement un discours qui tend à diaboliser celui qui nous a offensé: on repense à la personne, à ce qu’elle est pour nous et à ce qu’a été notre relation. Certaines fois, lorsque je pense à quelqu’un qui m’a fait du mal, je ressasse la phrase “tout le monde, mais pas lui quand-même, pas lui”.

La vérité est que ces gens qui nous ont blessé sont humains et comme nous, ils vivent avec leurs insécurités et leur combat au quotidien. En tant qu’individus, nous ne pouvons pas toujours agir selon la morale et considérer toutes les personnes avant de prendre une décision.

Sachant cela, nous devons prendre du recul et être indulgents avec les autres. Je me dis que si le Dieu auquel je crois ne considère pas mes péchés et me donne le souffle de vie chaque matin, si lui qui est parfait donne à un être imparfait la chance de se racheter tous les jours, qui suis-je pour juger durement mes semblables?
Un paramètre important à prendre en compte est le fait que si nous n’apprenons pas à pardonner, nous ne pouvons pas avoir de relations saines. Tant que nous vivrons en société, nous serons offensés et nous offenserons les autres. Alors, nous ne devrions pas prendre le risque de perdre ceux que nous aimons pour une erreur que nous aurions pu laisser passer.

Je me souviens de ces personnes qui m’ont blessé, je me souviens également de ces personnes à qui je n’ai plus donné leurs chances, je me souviens de ces personnes avec qui j’ai été trop rigide et que je regrette d’avoir perdues aujourd’hui.
C’est pour cela que je me promets de lever le brouillard de la colère et de pardonner aux personnes qui m’ont blessé. J’aimerais vivre librement sans envie de me venger, sans garder une rancune qui m’empoisonne et me rende aigrie et surtout, je veux faire en sorte de garder les personnes que j’aime avec moi.» Estia

«Suis-je rancunière? 

“Tu ne sais pas pardonner, tu es rancunière!!!” m’a-t-on dit une fois et depuis cela m’a marqué. 

Dans mes actions, je cherche parfois une confirmation de cette déclaration, essayant de comprendre ce qu’elle voulait dire. Jusqu’à présent, je ne comprends pas. Étant très portée sur l’introspection, je passe beaucoup de temps à analyser mes actions, mes mots et réponses afin de savoir le pourquoi du comment et me remettre en question lorsque nécessaire.

Cette manière de faire s’est avérée utile dans plusieurs situations. Par exemple, j’ai remarqué que chaque fois qu’un reproche m’est fait, je suis sur la défensive: j’essaie d’expliquer, justifier mes actions puis, lorsque le moment se termine, seule, je me refais le film. Cela me permet d’analyser ce qui m’a été dit et de faire face à mes motivations réelles. Le plus dur dans cette manière de faire c’est de pouvoir accepter que des fois mes actions ont été posées avec une mauvaise intention et parfois une réelle intention de nuire. Il est plus facile de se rassurer de sa bonne foi plutôt que d’embrasser sa propre malhonnêteté. Ainsi, avec cette approche, j’essaie encore de comprendre comment le mot rancune a été associé à moi.
L’étiquette m’a été collée suite à un conflit avec une connaissance que je considérais m’avoir trahie et dont je m’étais éloignée. Des années après, je restais inflexible sur ma position: je ne la voulais plus dans ma vie, sous aucune forme. Je ne lui souhaitais aucun mal dans ses aventures, expériences et relations futures, au contraire. Je comprenais même les raisons pour lesquelles certains actes avaient été posés; j’acceptais autant ma part de responsabilité. Seulement, il est nécessaire de s’éloigner de ce qui nous est pas bénéfique. Pour nombreux, pardon et éloignement ne vont pas de pair. De ce fait, mes décisions sont fermes.
Toutes les actions me sont excusables, pardonnables mais aucune ne mérite de sombrer dans l’oubli. Une personne qui nous fait de la peine sciemment et s’en repent ne veut pas dire qu’à la première ou énième occasion présentée, elle passera son chemin. La personne est pardonnée mais son action et les conséquences qui en découlent se doivent d’être assumées. Il est donc concevable que l’on se retrouve à leur souhaiter le meilleur de loin, loin de nous, loin d’une possible accroche future car comme on dit: Chassez le naturel, il revient au galop » Sylvia

Waouh! Quelle diversité de textes!

Chaque morceau nous a permis d’explorer la vision du pardon à travers les yeux de nos trois rédactrices. Comme vous le voyez, un seul prompt peut générer une multiplicité de contenus: un mot, trois visions, trois interprétations,  trois styles!
Chacune a pu exprimer son point de vue et développer ses idées, se laissant porter par sa plume, relatant parfois des faits purement fictifs ou intensément réels.

En club d’écriture, les textes sont lus par les membres et il s’en suit un partage d’avis. Il est typique de citer ce qui a été apprécié mais aussi de proposer des axes d’amélioration tout comme d’exprimer son regret lorsqu’un aspect qui a ému n’a pas été développé à souhait. Parfois laissant un goût de produit non fini, on aimerait compléter des textes, leur donner du contexte, leur ajouter du mordant, explorer quelques phrases mais hélas la limite de temps, le format de l’exercice constituent des contraintes spécifiques à ces ateliers.

Ces échanges se passent dans un climat de bienveillance, d’appréciation et non de reproche. Après tout, l’écriture est subjective, les règles sont faites pour guider mais aussi pour être brisées. Tout est créativité et expression des membres, ce surtout en club d’écriture.

Et vous? Maintenant que vous avez une idée de ce à quoi ressemble un atelier, pensez-vous pouvoir en créer ou en intégrer un? Etes-vous convaincus?

La team édition

*Lemvo: pardon en langue Kongo

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *