INSIDE THE BREAKDOWN

Il m’est difficile, voire douloureux de replonger dans un moment aussi sombre, durant lequel je me suis sentie faible et vulnérable. Moi, la rationnelle, qui divise sa vie en compartiments. Chaque chose doit être à sa place, au risque de perdre le contrôle. Les mots doivent être prononcés avec prudence car ils comportent  des conséquences. Chaque document important doit se trouver dans un attaché case, accessible en cas de besoin. Toute dépense est rigoureusement et soigneusement notée dans mon cahier de compte, qui comporte même une marge d’imprévus.  Et pourtant aujourd’hui je vais vous raconter l’expérience la plus irrationnelle que j’ai eu à vivre.

Nous sommes le 14 octobre 2020.  C’est une journée comme les autres, monotone et triste. Je me réveille puis fais moult choses complètement inutiles ; je me rends compte qu’il est plus de dix heures passées, je dois commencer à préparer mon repas de midi. Étant donné que je commence le boulot à treize heures, j’opte pour un simple riz gras. Une fois tous les ingrédients dans la marmite, j’en profite  pour m’occuper de la demande en ligne de mon  passeport.

Je prends mon ordinateur et commence à remplir le formulaire. À un moment donné, on me demande de joindre mon acte de naissance, je me déplace afin de prendre mon attaché case. Je le cherche une fois et ne le trouve pas. Je ris. Impossible qu’il ne soit pas là. Je cherche une deuxième fois, une troisième fois sans trouver mon acte de naissance.

Je l’ai perdu ! Ai-je à peine hurlé ! Dès que je le dis à haute voix, je me mets à pleurer. Je ne comprends pas pourquoi mais je me dis que ça peut me faire du bien… L’important est que personne ne soit là pour en être témoin car je ne peux expliquer la cause de mon état. Cependant je ne m’arrête pas de pleurer. Des secondes passent puis des minutes, je commence à m’inquiéter car je n’arrive pas à me contrôler. J’essaie d’être rationnelle, que se passe-t-il ? Je fais peut-être un début de crise nerveuse. 

Tout de suite  je pense à des phrases pour me redonner la pêche : tu es une battante, tu es l’aînée de ta famille, ta mère compte sur toi. Je continue de pleurer mais maintenant je hurle aussi, comme une folle. Une folle ! Je me souviens de cette fille  qui a fait une dépression il y a quelques années, du regard des autres, le fait qu’elle soit devenue  le potin de la ville. NON, PAS MOI ! J’ai besoin de  me dire des phrases plus fortes : il y a des gens qui vivent pire! Je me rends compte que je traîne un mal-être  depuis des mois, des années sans jamais trouver de réelles solutions. j’essaie de penser aux femmes violées, des malades en phase terminale, pour minimiser ma douleur. Quand je constate que même ma sensibilité ne me permet pas de relativiser et de me calmer, je commence à avoir peur. Je suis seule chez moi, en train de pleurer non stop depuis au moins  trente minutes, totalement désespérée,  au neuvième étage…

Cette histoire aurait pu s’arrêter là et être racontée par d’autres. Mais je décide d’appeler à l’aide. J’appelle mon chéri qui malheureusement  croit à une blague. A sa décharge, je fais souvent semblant de pleurer, rires. Il se rend sûrement compte de la gravité de la situation quand, après avoir hurlé, je lui raccroche au nez. J’appelle ma mère, pas de réponse. Ma deuxième maman, mon homonyme, pas de réponse. Je pleure de façon ininterrompue. J’essaie de m’accrocher à un souvenir heureux,  j’en ai un : les séances de prières au pays, avec papa. Je l’appelle, il est de suite inquiété.

 « Pourquoi pleures-tu ?

– je ne parviens à prononcer qu’une seule phrase : peux-t-on prier s’il te plait ?

– Mais prier pour quoi ? Je dois savoir quel est le sujet. Quelqu’un est mort ? que se passe-t-il ?”

Je veux prier pour être apaisée, mais mon côté rationnel, je le tiens de mon père. Pour lui il  doit y avoir un pourquoi et je ne suis  pas en mesure de tenir un discours sensé.  Après avoir pleuré près de 10 minutes au téléphone sans lui expliquer le pourquoi (le pauvre).Je lui dis que je le rappellerai plus tard quand je me serai calmée.

Je ne sais plus quoi faire, je pleure toujours, depuis au moins une heure trente  et toute tentative de demande à l’aide s’est soldée par un échec. Mais je veux vraiment en sortir. Je me mets à écrire  un brouillon de cet article sur mon téléphone pour me libérer et faire le vide dans mes pensées. Il y a beaucoup plus de détails, de tristesse, de peur, mais tout cela ne saurait tenir en un seul article. Une fois terminé, j’envoie l’article à ma sœur et à maman avec une phrase à la fin “ prie pour moi s’il te plait”.

Quelques minutes après j’entends sonner, c’est mon chéri. Il a accouru. Bizarrement je ne lui ouvre pas tout de suite. Mon côté rationnel ne veut pas qu’il me voit dans cet état, mais je me rends à l’évidence: j’ai besoin d’aide! Une fois entré, il me prend dans ses bras. Je pleure toujours mais je ne suis plus seule. Ce ne sont  plus des larmes de désespoir, mais l’expression d’une souffrance qui finira par passer. J’en suis sûre ! La preuve est dans l’amour qui se dégage de ce câlin.

Il propose d’appeler ma responsable et de dire que je suis malade. Le regard dans le vide et pleurant par moments intermittents, je refuse, la pitié, peu pour moi. Après m’être douchée, me voilà en train d’aller au boulot, comme une automate. Ma collègue-amie  comprend assez rapidement que je ne vais  pas bien, même si j’essaie de le cacher. Elle attend que les autres partent et aborde en douceur le sujet. Il me suffit d’un simple  » tu es sûre que ça va ? » pour que je déballe tout. Elle m’écoute, me console et m’aide même à comprendre ce qui m’a conduit là.  Sont d’un grand soutien les messages qui interrompent de temps à autre notre conversation. Les phrases qui me touchent le plus : 

Ma sœur m’affirme “ je t’aime à l’infini, j’aurai du mal à vivre dans un monde sans toi et je sais que ta bonté de cœur ne permettra pas que j’en souffre”. J’en pleure encore. Maman me dit “ tu es partie de la maison si tôt, j’aimerai être avec toi. Ce soir je t’appelle, on va prier” et ma deuxième maman “papa m’a tout raconté, nous sommes inquiets et traumatisés. On prie pour toi.”

Perdre un document aussi important a été un élément déclencheur de la crise, m’obligeant à affronter une réalité que je fuyais : je n’ai pas le contrôle de ma vie. On ne peut pas tout contrôler mais on peut changer certaines choses, changements sur lesquels je ne travaillais pas, ce qui rendait mes journées lourdes.

Estia, notre psychologue, saurait mieux que moi vous expliquer quoi faire si vous vivez un moment comme celui-là, de grand et profond déconfort. Mais pour l’avoir vécu, mon conseil est : n’affrontez pas vos peurs seuls. Quels que soient vos défauts, vos imperfections, il y aura toujours des personnes qui donneront leur vie pour vous, dont la présence vaut tout l’or du monde. 

Quand vous sombrez, tournez-vous vers elles, reconnaître qu’on va mal ne nous rend pas faibles. Partager son poids avec d’autres c’est déjà s’en débarrasser à moitié. Vos problèmes ne disparaîtront pas, mais vous serez rechargés de la force nécessaire pour mieux les affronter.

Anonyme

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