LA SYMBOLIQUE DE LA DOT

Source image: John Dumelo via Grey Studios

Ah la dot ! Un mot à une syllabe qui fait trembler de nombreux hommes aujourd’hui. En Afrique, la dot est offerte par l’homme à la famille de sa fiancée et n’entre pas dans le patrimoine du couple. Cette pratique est parfois critiquée par ses détracteurs qui estiment que l’homme achète sa femme et défendue par les puristes qui ressentent le besoin d’honorer la tradition.

Au Congo, il est connu de tous que les présents apportés durant la cérémonie ont pour but de sceller une alliance. Ceci est concrétisé par un échange de cadeaux entre deux familles ou cellules sociales aussi appelées Kanda.

Le mariage traditionnel se déroule en plusieurs étapes: la présentation, le premier vin, le deuxième vin et enfin la cérémonie finale qui est scellée par la dot. Cette dernière est très importante car elle rappelle les ethnies des personnes qui vont se marier. Elle permet aussi de montrer son respect envers ses parents.

Au temps de nos ancêtres, la dot était aussi considérée comme l’extension du pouvoir de la Kanda. Grâce au mariage de leurs enfants, chaque Kanda pouvait voir ses membres opérer au sein de l’autre cellule sans être inquiétés.

Désolé messieurs et dames! Notre article ne surfera pas sur la vague populaire qui ne tend qu’à décrier les prix de la dot mais traitera aussi de la symbolique culturelle derrière cette célébration.

Lorsqu’un jeune homme allait à la rencontre des parents de sa future femme, il était accompagné des siens. Cette première visite fut appelée « la présentation ». Les chefs de famille conversaient jusqu’à trouver une entente autour des modalités du mariage. C’est au cours de cette entrevue que se versait un 1er cadeau en signe de « promesse de mariage ». Après la première visite, s’enchaînent d’autres au cours desquelles les représentants des familles discutent du déroulement de la cérémonie et des biens qui devront être apportés. 

Ainsi, rappelons que le Congo regorge une pluralité d’ethnies. Dans les sociétés dites matriarcales, le chef de Kanda est celui qui reçoit les dots de ses nièces. Il est aussi chargé de choisir les épouses de ses neveux pour lesquelles il paie la dot; de nos jours ce n’est pas toujours respecté. Tandis que, dans les sociétés dites patriarcales, c’est le père de la jeune fille qui reçoit la dot. Il n’en reste pas moins que le chef de Kanda joue un rôle important dans les négociations afférentes au mariage.

A la base, la cérémonie de la dot était une célébration très intimiste c’est-à-dire qu’elle ne réunissait que les parents des mariés, quelques membres de leur Kanda respective et enfin leurs nzonzi. Au cours de celle-ci, les nzonzi qui sont les représentants des deux familles débutent les échanges et la présentation des différents présents demandés. Après tous ces échanges, un repas organisé par la famille de la jeune mariée réunissait les deux familles afin de célébrer l’union de leurs enfants. 

La mariée n’avait pas besoin de changer sa tenue plusieurs fois, comme nous l’observons de nos jours et encore moins d’une horde de filles d’honneur en tenues coordonnées pour danser avec elle lors de sa sortie. Actuellement nous observons la naissance d’un “m’as-tu vu” qui ne cesse d’accroître d’années en années. Aujourd’hui toutes les mariées veulent montrer qu’elles sont les plus belles et les mieux habillées. Un spectacle vreuuumann, elles oublient même le sens véritable de cette célébration.

En dehors de ce spectacle que propose la mariée, nous observons à présent une mode autour de soirées post-dot. Certains mariés après la cérémonie de la dot organisent des réceptions de plus en plus imposantes. Celles-ci ne servent absolument à rien sinon à flatter l’ego ou à se montrer à la face du monde. La dot qui autrefois était considérée comme “The mariage” aujourd’hui ne représente plus qu’ un spectacle qu’on décide d’offrir à ses invités en attendant le mariage officiel. 

Avec les années qui passent, le monde se métamorphose, cela entraîne aussi des changements au niveau  économique dans la célébration de la dot. Hum si nous devions réaliser un sondage sur le sujet, je pense que nous aurions le même avis.

Anges passe la première à la barre « Je dirai que ce n’est plus symbolique. Il faut avoir une somme onéreuse avant de songer à se marier. La liste qui était composée de kola avant, vin de palme pour certains, et d’autres éléments symboliques est passée à une liste composée de satellite, de nombreux pagnes pour toute la famille, des costumes luxueux et j’en passe. Tout le sens primaire de ce qu’est la dot est relégué au second plan. »

Jenny à son tour nous fait part de son désarroi: « le changement le plus flagrant est la somme même de la dot. Le montant officiel est encore à ce jour 50 mille fcfa pourtant personne ne le respecte. Il est au mieux triplé, dans les pires des cas il avoisine le million. Et là où hier on avait des objets symboliques comme la lampe Luciole ou le bika’*, maintenant les familles en profitent pour demander des objets qu’ils ne peuvent pas s’offrir comme des Iphones. »  

Certaines familles ne pensent plus vraiment à se réjouir  pour leur fille, leur nièce ou leur sœur mais plutôt à ce qu’elles vont demander au beau-fils ou au beau-frère pour leur propre plaisir. Les rédacteurs des listes sont plus portés sur ce qu’ils pourront avoir comme cadeau, qu’eux-mêmes sont dans l’incapacité de s’offrir. De même que les bénéficiaires de présents tels que le père, la mère et le petit-frère de la mariée sont déjà dans un brainstorming** pour demander des cadeaux qui coûtent la peau des fesses au futur marié. Récemment, en me baladant sur Twitter j’ai vu le tweet d’un jeune-homme qui a demandé comme cadeau pour le mariage de sa sœur non seulement un costume, une montre, des chaussures et une ceinture qui sont des cadeaux habituels mais aussi tenez-vous bien « une PS5 » (rires).

Certaines personnes peuvent penser qu’on abuse en s’indignant sur le présent demandé, que maintenant l’on demande selon son ère, sa décennie, que nous ne sommes plus à l’ère des cadeaux de l’ancien temps. Mais ATA BINO MOKO*** nous ne refusons pas que vous demandiez vos cadeaux mais pensez à quelque chose de sensé qui ne sera pas trop coûteux pour le marié. Déjà que les cadeaux de base sont onéreux alors si vous en rajoutez, imaginez comment le pauvre monsieur doit se sentir.

Eh oui chers lecteurs, voyez-vous ces nouvelles tendances qui apparaissent? Nous aussi sommes choquées de ce grand changement. Nous retenons que le prix de la dot a tellement augmenté que cela pousse certains hommes à prendre leur temps afin d’honorer leurs fiancées. A ce propos j’ai recueilli le tweet d’un jeune homme « continuez à bien augmenter le prix de la dot, on va continuer à bien s’observer seulement. On va encore faire comment ? » Ah chers parents, réduisez le prix ooh.

Autour d’une énième conversation avec les rédactrices d’IMANIA, elles nous ont confié leur moment préféré lors de la cérémonie de la dot. Vous savez comme elles sont bavardes ces dames. Ça jase encore et encore on dirait des poules qui attendent que le coq destiné vienne payer son dû au fermier.

Christie s’y colle la première : « évidemment lorsque la fille se présente en face de son père avec un verre de jus ou de vin de palme pour avoir son approbation, je trouve que c’est ‘’The Moment’’ c’est tellement sacré et magique en même temps. »

Estia à son tour rejoint Christie « Dans certaines cérémonies, le père et la fille parlent en patois, c’est émouvant la manière dont la fille informe son papa qu’elle a un nouvel homme dans sa vie maintenant et que désormais, ils devront compter avec lui dans la famille. » 

Hum vous savez comment notre Sylvia aime la pagaille nor ? Pour elle c’est le feu: « Lorsque le nzonzi demande à la mariée de trouver son partenaire dans la foule, j’adore le jeu des invités bien sapés qui se lèvent et essaient de convaincre la dame que c’est eux qu’elle cherche. Le meilleur reste lorsqu’elle retrouve sa personne, mameh les regards gênés qu’ils ont !! et les cris de la famille. »

Pour clôturer ce moment de partage, voici le best moment de AngeS avec un S «Les discours sans aucune hésitation. Je trouve ça beau lorsque l’on raconte le parcours respectif des deux parties mais surtout comment ils se sont rencontrés (Eh oui les gars il n’y a pas que la nourriture et les danses) ». 

Nous observons que la dot est devenue un étalage d’intérêts ou de richesses s’éloignant ainsi de son caractère traditionnel. Avec le temps, son authenticité ainsi que les valeurs de base qu’elle prônait ont été mises en arrière-plan. En outre, elle a viré au commerce qui profite plus aux parents de la jeune fille plutôt qu’au jeune couple. Ce serait bien que nos parents revoient un peu nos traditions afin de mieux profiter de cette fête plutôt que de charger les futurs mariés.

Au-delà de l’union de deux êtres, aujourd’hui la dot est  vue comme une scène de théâtre, un spectacle que l’on décide de montrer aux gens pour telles ou telles raisons. Entre les manies des nzonzi, qui ont toujours existé mais qui aujourd’hui virent au ridicule pour amuser la galerie, c’est-à-dire pousser des cris stridents, faire des blagues qui n’ont pas lieu d’être et tutti quanti. Il ne faut pas non plus oublier les baffles qui cassent nos tympans à coup de musique à fond et les écrans qui servent à on ne sait quoi, l’on ne sait plus où donner de la tête. Mais bon au final ceci reste une ambiance que nombreux aiment.

En écrivant ce texte, je souhaitais vous rappeler les valeurs sur lesquelles sont basées la dot et vous montrer à quel point certaines d’entre elles ne sont pas forcément mises en avant avec notre manière de célébrer le mariage traditionnel de nos jours. 

Alors, messieurs et dames, revenons à nos sources!

Céleste.

* Bika : dû payé en reconnaissance de l’éducation que la future mariée donnera aux enfants 

** Brainstorming : remue méninge

***Ata bino moko : entre nous soit dit

4 commentaires sur “LA SYMBOLIQUE DE LA DOT”

  1. Sur ce, quelles sont les solutions que l’on peut émettre, pour revenir au type de mariage traditionnel des années 80, où tous ces changements n’y trouveront plus leur place dans notre ère ?

    1. Pour ma part la solution est de changer de mentalité, revenir à nos sources comme a dit la rédactrice. Sensibiliser est le premier pas, maintenant il fait partager . Perso je vais parler de cet article en famille, histoire de lancer un débat, et de faire passer subtilement des messages.Le dialogue est la base de tout

  2. Ah lala j’ai bien rigolé il y en a qui font des soirées pour leur dot, La dot n’est plus ce que’elle était mais il faut dire que certains parents cautionnent trop de choses, il n y a qu’a voir la décoration à certains mariages traditionnels à l’époque les gens se mariaient sans et pourtant la cérémonie était belle, on invitait des groupes traditionnels chanter et danser .

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