L’AMITIÉ : TOXIQUE OU TOKOSS ?

Aussi longtemps que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une vision très claire de l’amitié, de ce qui est essentiel pour moi et du genre d’ami.e.s que je veux dans mon cercle. Je dois cette vision à ma maman, qui m’a très tôt dit ceci : “sache choisir tes ami.e.s, quand ils sont bons ils deviennent une famille, et quand tu t’associes aux mauvais, ils deviennent une plaie”. J’accorde donc un point d’honneur à l’amitié. Je crois qu’il existe des rencontres amicales qui deviennent de belles histoires d’amour, et ce, peu importe le genre.

Cependant, derrière une amitié se cache des personnes qui ont un caractère, une histoire, un parcours et leurs propres démons avec lesquels ils dealent. Aussi, chacun d’entre nous a sa conception de l’amitié. Pour certains, cela n’existe pas. D’ailleurs, j’ai lu quelque part une affirmation du type : « dépassé 25 ans, les rencontres que nous faisons ne sont plus des amitiés mais des connaissances ». Cette personne affirmait qu’à un certain âge les bons amis sont tellement rares qu’on en trouve plus. Pour d’autres, l’amitié est une relation qu’ils chérissent toute leur vie. 

Je pense qu’il ne faut pas se proclamer ami à tort et à travers. Admettons que vous ayez échangé quelques fois et la fameuse phrase sort d’un emballage cadeau bien fait : voici mon ami.e. Est ce que ce que cette personne vous considère comme son ami.e? 

De plus, quelle est la dimension de cette amitié? A quel moment passe-t-on de connaissance à ami.e puis à ami.e proche? Toutes ces questions que les gens ne se posent pas, qui, selon moi, sont un bon moyen de tomber dans une relation foireuse.

Je me souviens de cet ami, on va l’appeler Bob. Nous nous sommes rencontrés dans une colocation. Je partais de la colocation et il récupérait ma chambre. Un garçon très extraverti qui avait la faculté de s’intégrer facilement dans un groupe. De fil en aiguille, nous nous sommes liés d’amitié. Il m’a beaucoup poussé à me dépasser, à m’ouvrir aux autres car j’étais assez introvertie. Des années se sont écoulées, chacun a fait son bout de chemin dans des pays différents. Certes, c’était un ami que j’estimais, et que j’estime encore, mais pas au point de dire que je le considérais comme un proche ami. Ce qui a fait qu’ une certaine distance s’est faite ressentir de mon côté.

 C’est à ce moment que Bob devenait de plus en plus demandeur en terme d’attention. Il me faisait des remarques lorsque je ne répondais pas tout de suite aux messages, et si je répondais, je devais lui accorder minimum une heure de temps parce qu’il monologue beaucoup. Ce n’étaient pas forcément de brèves conversations ni des sujets prioritaires (car parler de la pluie et du beau temps n’est pas une priorité).  Il estimait aussi que je ne lui écrivais pas assez, une fois tous les 3 jours ou par semaine, etc… Tout cela couplé de mots maladroits, avec des qualificatifs qui ne me représentaient pas. Une fois, pour lui avoir dit que je le rappellerai plus tard, il m’a envoyé une image de Robinio Mundibu (Mapeka épaulette). C’était pour lui une façon de me dire que je suis snob, “gonflée” comme disent les congolais. Au-delà des remarques fréquentes, un autre problème est que ce n’était pas fait de la manière la plus bienveillante possible. Je pense aussi que je ne définissais pas notre niveau d’amitié à sa convenance. Il aurait certainement voulu être plus proche de moi. J’entends par proche, connaître mes histoires (joyeuses ou malheureuses) à chaque étape de ma vie, être parmi les premières personnes que j’appelle et avec qui je garde un lien au quotidien. Peut-être est-ce juste le fruit de mon imagination.

 J’ai fini par me forcer à lui écrire, alors que je n’en avais plus envie pour éviter de passer pour la mauvaise amie. Au bout d’un an de frustration, j’ai décidé de couper définitivement les ponts. Oui! je suis du genre à être catégorique lorsque je prends une décision. Nous avons eu un dernier accrochage et pour tout vous dire, je ne me souviens même plus quel était le sujet. Par contre je me souviens de m’être dit que je ne voudrais plus jamais me sentir aussi mal, fournir autant d’efforts dans une relation et qu’au final ces efforts ne soient pas reconnus. La pression que cela requérait au quotidien m’a fait me dire que la relation devenait toxique pour moi. Cette histoire m’a fait comprendre qu’il ne faut pas attendre trop longtemps avant de quitter les choses lorsqu’on ne voit pas d’autres options. 

En parallèle, je pense à l’une de mes plus belle relation amicale si ce n’est la plus belle. Nous sommes amies depuis le collège, aujourd’hui c’est une sœur pour moi. Après le bac, chacune de nous est allée vivre dans des pays différents. En neuf ans, nous nous sommes vues 2 fois. Malgré cette distance, notre amitié n’a pas été ternie. Entre les phases où l’on était étudiante, à l’obtention des diplômes, jusqu’à la recherche de nos premiers jobs, nous avions toujours été là l’une pour l’autre.  Ce que j’aime particulièrement dans notre relation c’est que nous avons su garder l’équilibre entre notre amitié et la vie que l’on menait chacune de son côté. Être passé des filles qui s’appellent à 1h du matin pour se raconter nos problèmes de cœur (rire) à celles qui s’appellent pour se donner des astuces de comment négocier un meilleur salaire au boulot c’est tout un cap. J’apprécie aussi la sincérité de cette amitié et le respect des trajectoires que nous pouvons prendre sans aucun jugement. Je pourrai en parler pendant des heures mais je vais m’arrêter là. J’appelle cela une amitié de tout ce qu’il y a de plus Tokoss.

Pour revenir aux amitiés toxiques, selon moi, ce sont celles où les attentes face à la relation ne sont pas les mêmes: une attente sans entente n’est que désappointement. Celle où nous n’apprenons pas à connaître l’autre à sa juste valeur, où nous sommes guidés par nos intérêts personnels. Bob n’avait pas compris que mes fréquences d’appels dépendaient maintenant du temps que je disposais et de la répartition de mes priorités. Mes absences ne signifiaient pas qu’il ne comptait plus pour moi, ça voulait tout simplement dire que je construisais ma vie avec les prérogatives qu’elle me donnait. Je pense aussi que ma considération pour lui n’était pas la même que ce à quoi il aspirait. Ne nous voilons pas la face, ce n’est pas avec tout le monde que l’on partage nos secrets, nos plus belles joies, nos histoires les plus honteuses, … sinon nous serions comme du bon pain (très populaire mais sous-évalué).

On parle souvent de langages de l’amour dans des relations amoureuses, mais pas dans les relations amicales. Pourtant, un ami, un vrai, doit connaître notre langage. Il doit apprendre à nous cerner, à être là dans les bons et mauvais moments. Une relation n’est pas à sens unique, ça veut dire que les deux doivent s’investir à 100% (on ne fait pas du 50/50). Cet investissement ne veut pas dire que l’on doit se parler tous les jours, se raconter tout de notre vie, ou encore vivre une relation amicale exclusive. Cependant, on doit toujours avoir la certitude que l’on peut compter l’un sur l’autre dans les bons comme dans les mauvais moments. Je pense aux différentes relations amicales que j’ai su nouer durant ces années et qui sont devenues une deuxième famille (big up à vous). J’aimerai aussi souligner qu’il y a des relations fraternelles qui sont couplées d’une belle amitié, car oui, tous nos frères / sœurs / cousin.e.s ne sont pas nécessairement nos ami.es (double big up).

Les disputes ne sont pas à craindre et n’effacent pas l’amour que l’on partage. En ce qui me concerne, la loyauté, l’honnêteté et l’intégrité sont trois valeurs fondamentales dans mes relations amicales. Pour quelqu’un d’autre ce sera peut-être le soutien, les activités à faire ensemble, la vision commune, etc… Je suis aussi de celles qui pensent qu’on ne choisit pas sa famille: soit on la supporte, soit on la subit. Par contre, pour le reste, nous avons la liberté de choisir. Quelqu’un disait, “nous sommes la moyenne de notre entourage”,  alors tâchons de bien nous entourer.

Pour finir, ce que j’ai appris de toutes ces relations c’est qu’il existe autant de relations possibles que d’êtres humains. Si vous devez retenir une chose, c’est cela! Il n ‘y a pas de guide parfait, chacun crée sa relation idéale. Une relation qui n’a pas marché, ne veut pas forcément dire que la personne est mauvaise ou que vous l’êtes. Elle veut peut-être dire que vous n’êtes tout simplement pas compatible et ce n’est pas grave.

Et vous, amitié Toxique ou Tokoss? 

Anges.

6 commentaires sur “L’AMITIÉ : TOXIQUE OU TOKOSS ?”

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi. J’ai vécu u’e histoire pareille il y a 4 mois et, je suis désolée d’en arriver là. J’ai fini par supprimer et bloquer le numéro d’un ami qui me répétait tout le temps “depuis que tu es partie en France, tu ne m’écris pas, si ce n’est moi qui commence à le faire”. La France et l’Italie sont 2 pays différents et il ne comprends pas qu’ici j’ai un emploi du temps super chargé. Je lui ai longtemps expliqué cela mais en vain. Ce n’est pas parce que je t’écris pas ou ne t’appelle que je ne pense pas à toi ou que tu n’es pas mon ami

    1. Hi Danie, je suis désolée que tu es eu à vivre ça et que ce soi fini ainsi. Souvent nous ne mesurons pas le sens des mots et leurs impacts. Merci pour ton partage et ton retour sur l’article 🙂

  2. Je suis d’accord avec toi.
    Je pense aussi que dès le début il faut déjà définir les “bases” de votre amitié, surtout lorsqu’il s’agit d’amitié homme/femme,pour éviter que cela ne devienne toxique à l’avenir pour l’un comme pour l’autre.

    1. Hey Harmony, j’adore ce terme : “Définir la base”. C’est exactement ça. Il ne faut pas oublier que cette base peut évoluer donc ne pas hésiter à le mettre à jour et à le verbaliser ;).

  3. C’est assez explicite mais en amitié il faudrait certainement essayer de se mettre à la place de l’autre.Se demander Pourquoi il agit et pense ainsi! Pour Bob peut-être qu’il voulait une réelle amitié et je pense qu’il aurait fallu lui dire ou lui faire comprendre Pourquoi il y’a eu cette distance,ce retard dans les discussions,nos réactions

    1. Hello Eddy, tu as tout à fait raison sur le fait d’être explicite. Cela requiert aussi de l’honnêteté. Comme tu as pu le lire c’est l’un des piliers indispensables pour être mon ami et cela s’applique à moi aussi. Je ne suis pas rentré dans les détails par pudeur mais je peux te dire que cette discussion a eu lieu et la suite tu l’as connait lol.
      Merci pour ton retour et le temps que tu as consacré à cet article.

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