LE CHOIX D’UNE VIE

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Le patriarcat est un système où le masculin incarne à la fois le supérieur et l’universel. Dans une société patriarcale, comme c’est le cas de nombre de sociétés africaines, l’homme occupe la position mythique de «père fondateur» supposée lui octroyer une autorité et des droits sur les personnes dépendantes de lui. Shulamith Firestone définit le patriarcat comme un système d’oppression à l’encontre des femmes. Pour elle, c’ est la cause des inégalités sociales entre les hommes et les femmes. Elle écrit que les idéologies patriarcales soutiennent l’oppression des femmes et donnent comme exemple la joie de donner naissance. Elle qualifie cette joie de mythe patriarcal car la femme est celle qui donne naissance à l’enfant tandis que l’enfant appartient au père. Les hommes s’approprient donc le corps des femmes pour perpétuer leur pouvoir avec des fils, quant à leurs filles, ils les élèvent pour ensuite les confier  à leurs futurs époux. C’est dans cette optique que la valeur de la femme est reconnue par le fait d’être mariée et d’avoir des enfants. Notre société associe « la vraie femme » à la maternité, cela est vu comme le saint graal. Elle pointe du doigt les femmes qui ne sont pas mères et les relaie au second plan parce que celles-ci ne correspondent pas à l’image qu’elle impose.

Alors, laissez-moi vous dire que toutes les femmes ne correspondent pas à l’image de la mère et n’y aspirent pas. C’est pourquoi certaines font le choix de ne pas recourir à la maternité.

Eh oui ! Plusieurs femmes ne se sentent pas de devenir mères, pas parce qu’elles ne peuvent pas mais parce qu’elles ne veulent pas. Pour certaines personnes il est inconcevable qu’une femme ne puisse être mariée ou ne puisse avoir d’enfants. Autrefois, lorsqu’une femme ne pouvait donner d’héritiers à son époux, elle s’exposait à la répudiation mais aussi aux regards réprobateurs des gens. Elle était la honte de la société et de sa famille, elle apportait le déshonneur et attirait les mauvaises langues. Aujourd’hui encore, elle reste la cible de moqueries et de quolibets. 

En 2001, dans son livre intitulé The Childless Revolution, Madelyn Cairn souligne que 42% de la population adulte féminine est sans enfants. Pour elle, le fait d’être sans enfants résulte d’un processus de discernement personnel et non pas de la simple adoption d’un style de vie. Ici, le discernement personnel est vu comme la capacité qu’a une personne de juger clairement et sainement c’est-à-dire, de peser le pour et le contre de sa décision, celle de devenir ou non parent. Ce mode de vie a un nom, c’est le « Childfree Life ».

Ainsi, de plus en plus de personnes revendiquent leur désir de non-parentalité. Un choix personnel fréquemment critiqué lorsqu’il est pris par des femmes. 

Le “Childfree life” est un mode de vie présent au sein de nos sociétés mais encore très mal accepté comparé au  fait d’avoir envie de faire des enfants. 

Les childfree peuvent l’être pour maintes raisons, de ce fait, il s’agit ici d’un choix personnel qui n’a aucune raison d’être remis en cause. Ces femmes souhaitent que leur choix soit respecté sans que la société ne les stigmatise. Aussi, certaines motivations reviennent souvent dans ce choix de non-parentalité. 

Il y a certaines femmes qui déclarent avoir eu, dès leur plus jeune âge, le désir clair et affirmé de ne pas vouloir d’enfant plus tard. Pour certaines childfree, leur liberté prime avant tout et avoir un enfant sera synonyme de la perdre. Cela revient à mettre un frein à leurs projets et à leur épanouissement personnel. Loin de moi l’affirmation selon laquelle « elles n’aiment pas les enfants », ne pas vouloir d’enfant ne veut pas dire ne pas les aimer. On peut très bien être aimante de ces petits êtres et ne pas en vouloir pour soi. Cela peut dériver du fait que concevoir, donner une éducation et avoir une personne sous sa responsabilité h24 qui dépend entièrement d’elles, semble être énorme pour ces dernières. Avoir l’entière responsabilité d’un être humain, s’assurer de son éducation scolaire et sociétale, n’est pas dans les cordes de toutes. 

Pour certaines, la carrière prime sur la maternité, elles déclarent ouvertement qu’un enfant nuirait à leur carrière et lient très explicitement leur choix de ne pas en avoir à leurs aspirations professionnelles. Ainsi, elles jouiront d’une plus grande mobilité et davantage de temps pour leur développement professionnel. 

Afin d’éviter la pollution humaine, certains préfèrent s’abstenir d’avoir des enfants. Faire des enfants « massivement sans contrôle »  et dans les conditions environnementales actuelles mène à la catastrophe

Enfin, ce choix peut résulter d’un vécu, bien qu’il existe des dizaines de raisons qui puissent motiver un couple, une femme ou un homme à ne pas vouloir d’enfant, l’une des plus récurrentes est la volonté de ne pas reproduire un schéma dont on a souffert. Cela peut être un patrimoine génétique que l’on ne souhaite pas transmettre ou bien la crainte de reproduire des comportements dont on a soi-même souffert lorsqu’on était enfant. 

De la même façon, certains jugent le monde actuel un peu trop hostile pour y confronter un enfant. C’est ainsi qu’Edith Vallée, psychologue clinicienne déclare : « Certaines femmes disent : ‘’je ne veux pas d’enfant car je ne veux pas prolonger le monde tel qu’il est fait, de violences, d’exécrations’’. Ces femmes sont souvent militantes engagées politiquement. C’est aussi pour d’autres, un moyen de rompre avec la chaîne des générations qui les ont précédées. Elles ressentent qu’on leur a transmis une forme de fragilité et ne veulent pas la transmettre à leur tour. Elles ont souvent un héritage familial lourd et une enfance malheureuse ».

Certaines célébrités comme Oprah Winfrey, Jennifer Aniston ou Laure Calamy et bien d’autres ont fait ce choix de vie. Ces dernières embrassent des carrières toutes aussi belles et mènent des vies qui sont remplies, loin des stéréotypes qui font passer l’épanouissement de la femme par le mariage et la maternité.

Pour la célèbre animatrice américaine Oprah Winfrey, elle n’a pas embrassé la maternité « parce qu’elle aurait été incapable d’être mère et que ses enfants l’auraient détestée ». Dans un podcast, elle révèle avoir pris cette décision par manque d’instinct maternel. Au lieu de cela, la présentatrice préfère œuvrer pour la bonne cause avec son école pour filles en Afrique du Sud. «C’est bien plus gratifiant que ce que j’aurais pu imaginer. Au départ, j’apporte juste mon soutien à ces filles mais finalement, cela a apporté bien plus dans ma vie».

Il y a aussi la célèbre actrice  de cinéma française Laure Calamy. Lors d’une interview, elle affirme «Je pense que je n’en ferai jamais, mais c’est ambigu. Je suis obligée de me poser la question parce qu’il y a cette horloge biologique. Il y a un regard culpabilisant de la société qui dit : Une femme complète est une femme qui a un enfant. J’ai envie d’en parler pour qu’on foute la paix aux gens qui n’ont pas de désir particulier». Ensuite elle surenchérit avec « Je trouve qu’on rend service à l’humanité en n’ayant pas d’enfants. Il y a trop de monde sur cette planète. Alors, arrêtez de nous emmerder !» 

Afin de toucher la réalité du doigt , j’ai  interrogé une childfree dans le but de connaître ses motivations personnelles. A la question de savoir pourquoi elle ne veut pas d’enfants, elle m’a répondu: « Ce n’est pas une obligation, tout le monde ne fait pas le choix d’avoir des enfants. Un enfant n’est pas qu’une charge financière, il est aussi une charge morale. Je me suis occupée de mes petits frères, je sais que c’est facile de rater l’éducation d’un enfant, pour ne pas arriver à ce genre de fin, il faut un foyer stable. Cependant avec les projets que j’ai, je ne pense pas être capable d’assurer la stabilité familiale nécessaire»

A noter qu’il y a aussi des hommes qui ont adopté ce mode de vie tel que Richard Stallman. Il déclare «J’ai décidé de ne pas avoir d’enfant pour d’autres raisons. Quand j’étais jeune, ma famille était pleine de tensions et de colère, et j’ai remarqué que beaucoup d’autres familles l’étaient aussi. Une telle vie de famille n’était pas du tout attirante. Plus tard, j’ai souvent vu des parents reprocher à leurs enfants de jouer avec moi, voire dans les alentours, supposant que cela me gênerait – sans attendre de voir si je désapprouvais. Réprimander ces enfants était devenu habituel, un réflexe automatique. De voir cela me rendit triste pour eux, mais je savais que j’aurais été pareil en tant que parent. Je n’aurais pas été capable de faire face à un bébé pleurant régulièrement sans m’énerver et sans me fâcher».

Dans nos sociétés dont la société africaine, le choix de ne pas faire d’enfant est encore mal vu, il existe un gros manque de tolérance. Au Congo, dire à ses parents « papa et maman, j’ai fait le choix de ne pas avoir d’enfant » est vu comme une insulte à leur égard.  

Quand une personne dit qu’elle ne veut pas d’enfant, on a tendance à lui demander pourquoi, retournons-nous la question : pourquoi voulons-nous des enfants ? Les childfree ont  différentes raisons pour ne pas recourir à la maternité tout comme certains ont les leurs pour l’embrasser. Margaret Movius, l’une des pionnières des études sur le choix volontaire de ne pas avoir d’enfant, écrivait que celui-ci constituait « l’ultime libération », celle de la femme.

Alors, mesdames et messieurs, si vous n’avez jamais ressenti le besoin d’avoir des enfants, ne vous mettez pas la pression. Vivez votre vie selon vos convictions et non selon celles qui sont socialement admises, car personne ne sera heureux à votre place.

Celio.

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