LE DEHORS EST GLISSANT

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Quand je pense à la petite fille que j’étais, je me souviens que c’était la course au prochain défi. Je voulais rapidement passer à la prochaine classe, arriver au lycée et finir mon cycle. Ainsi, je me rapprocherais du fait d’être grande ou de l’idée que je pourrais faire “comme les grands”. Peut-être était-ce parce qu’on me répétait souvent des phrases du type:  “tu es encore jeune”, “attends quand tu seras grande”, et “tu feras ce que tu veux lorsque tu seras majeure”. Ces phrases résonnaient dans ma tête comme des restrictions.  

J’ai toujours été un être aux pensées libres. Je n’avais aucun mal à emprunter un chemin quand j’étais convaincue que ce dernier était le bon, même lorsque le reste du monde empruntait un autre. Mon besoin de liberté était viscéral et je savais que l’obtention de mon bac me délivrerait de beaucoup de contraintes. Contrainte de ne pas dépendre d’un couvre-feu, contrainte de vaquer à mes occupations sans donner d’explication, bref  vivre ma meilleure vie. Diplôme en poche, valises en mains, c’était l’heure de quitter les parents et d’aller à l’étranger. Au début, je vivais avec une sœur puis quelques mois plus tard, toute seule. La fameuse liberté était enfin à moi. En revanche, ce que je ne savais pas c’était que je n’étais pas assez prête pour affronter la vie, car les gars, le dehors est glissant et ce n’est pas des lol!

La première fois que je me trouvais hors de chez moi alors que la nuit tombait, mon cœur s’est emballé (et ce n’est pas qu’au sens figuré). Comme disent les jeunes, j’ai flippé ma race. J’avais 17 ans, je n’avais jamais été dehors, tard, sans être accompagnée d’un aîné (parent, frère, sœur). Je découvrais que ce que je pensais être des interdits auxquels je voulais goûter, devenait une nature que j’avais épousé. Je ne me doutais pas être une casanière.

En parallèle de cette découverte, il y a eu la phase où il fallait cuisiner de manière fréquente. La cuisine en soi n’était pas un problème, mais réfléchir à ce qu’il faut manger tous les jours et s’assurer d’avoir les ingrédients était une grosse charge mentale. J’ai pensé à maman qui nous demandait tous les matins ce qu’on voulait manger (rires). 

La gestion financière n’était pas non plus un point d’apprentissage. J’ai littéralement appris à gérer sur le tas, à prévoir et à anticiper les frais. Vous connaissez la vie d’étudiante: des pâtes et des œufs à la fin du mois parce que c’est la dèche (pour reprendre une vieille expression). Les étudiants à l’étranger vont se reconnaître. Ajouter à cela le fait qu’il faille gérer les factures du logement, l’électricité, le transport, les frais de scolarité, la nourriture et les besoins personnels. C’est à ce moment-là, que l’ on réalise que la pâte dentifrice ne se remplace pas seule dans la douche.

La partie la plus drôle bien que moins hilarante à l’époque, c’est que je devais être assidue à la faculté sans les cris du matin des parents pour dire de se dépêcher et éviter le retard. A côté de cela, il fallait gérer les cours et devoirs et c’était une autre paire de manches. A la fin du semestre il y avait des résultats à produire, car oui, les gens investissent en toi il faut leur rendre des comptes! Mais comme l’être humain aime les problèmes, parfois tu vas “charger” une relation amoureuse sur ta tête qui te donne un goumin* la veille des examens (double rires). Qui t’a envoyé ? il faut aller composer et avoir de bonnes notes avec ça. 

Il y a un autre point sur lequel j’aurais aimé être informée ou mieux préparée: celui de l’entrée dans la vie active. À l’école, les professeurs nous apprennent des cours dont seulement 10% ou 20% des compétences acquises, pour ceux qui ont de la chance,  seront utilisées dans le monde professionnel. On ne nous dit que très peu que le diplôme et les compétences ne garantissent pas un emploi tout de suite. Comment ça? Beh restez concentrés! Nous sommes des centaines de milliers à faire les mêmes formations et à avoir de l’expérience (stage ou alternance). Notre premier emploi va se jouer sur ce qui te différencie des autres, des opportunités si tu en trouves, du carnet d’adresses si tu en as et de beaucoup BEAUCOUP de chance (la grâce pour les gens qui font les jeûnes et prières ). Oui, oui, les profs ne nous disent pas ça! 

Ce qu’on nous dit encore moins, c’est que l’entreprise c’est la cour de récré mais niveau supérieur. Il y a des gens qui colportent des ragots, ceux qui sont amis avec tout le monde pour avoir des opportunités, les jaloux, les je-m’en-foutistes* , les carriéristes qui veulent écraser les autres pour briller et j’en passe. Il faut à la fois gérer les humeurs des gens, être performant, avoir de la répartie, être malin car il faut penser à la négociation de salaire pour l’année prochaine… en d’autres termes c’est la jungle.

Maintenant, quand je pense à mon MOI d’avant et si j’avais la possibilité de lui parler, je lui dirais : PROFITE.

Profite de chaque instant,

Profite des parents,

Profite de l’eau et de l’électricité parce que ce n’est pas toi qui payes, 

Profite de ton parcours mais surtout prends ton temps car la vie ne fuit pas.

Aujourd’hui, j’ai appris de mes erreurs, de mes peines, de mes douleurs. Mais aussi de mes joies et de mes victoires. Après avoir glissé, j’ai appris de la vie car quand la vie veut t’enseigner quelque chose, elle n’y va pas de main morte.

Et toi, que dirais-tu à ton toi d’avant ?

Votre Anges.

* goumin : chagrin d’amour

* je-m’en-foutiste: indifférent, insouciant, négligent 

3 commentaires sur “LE DEHORS EST GLISSANT”

  1. Le dehors est vraiment risqué ! La vie c’est pas le lait…lol
    C’est difficile, mais au final ça nous fait grandir et nous forge.

  2. Retour de ping : ORGANISONS NOS ORGANISATIONS - IMANIA

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