L’ENGRENAGE DES RÉSEAUX SOCIAUX

Aujourd’hui, les réseaux sociaux sont une partie intégrante de nos rapports au quotidien. Leur arrivée sur le marché à partir de 2004 pour Facebook jusqu’à nos jours pour les autres (Instagram, Twitter, Youtube, Tik-tok,…) a permis aux personnes séparées physiquement de se rapprocher et de partager virtuellement. L’idée première était de permettre aux personnes d’être connectées. Dans un entretien sur la chaîne américaine de CNBC en 2004, Mark Zuckerberg expliquait que “The Facebook”(nom de l’époque) avait pour idée principale de mettre en relation les étudiants de différentes universités afin qu’ils puissent échanger. Kevin Systrom et Michel Mike Krieger voulaient quant à eux, en créant Instagram, que les utilisateurs partagent leurs moments immortalisés en photos. 

Ces idées ont évolué avec le temps en fonction de la tendance d’utilisation et aux retours des utilisateurs. Les fondateurs ont mis en place des versions d’amélioration que proposent les plateformes. Cette évolution a aussi permis de donner la possibilité aux gens dont la liberté d’expression n’est pas le crédo de leur média national de s’exprimer et de faire entendre leurs voix sur des situations compliquées. À titre d’exemple, en 2011, Facebook était le seul moyen de communication des contestataires pendant le printemps arabe. Cependant, les réseaux sociaux, comme tout d’ailleurs, ont aussi leurs inconvénients.

Nous sommes dans une ère où le paraître est encore plus important que l’être et l’arrivée des réseaux sociaux n’a pas arrangé les choses. Les sociétés sont de plus en plus capitalistes : plus on gagne de l’argent, plus on cherche à en gagner. Vous me direz qui veut fonder une entreprise et ne pas chercher à s’enrichir ? C’est vrai ! S’enrichir n’est pas mauvais en soi, d’ailleurs qui n’aimerait pas gagner plus ? (rires).  Mais avant de parler de ce processus d’enrichissement grâce auquel les médias se font de l’argent, parlons de la place des réseaux sociaux et de leurs impacts dans nos vies.

Lorsque nous sommes derrière nos écrans à publier au quotidien, nous nous attendons à ce que les autres réagissent positivement à nos publications. Plus il y aura de likes et d’interactions allant dans notre sens, plus notre égo sera conforté. Je tiens à dire que tout ceci est humain. C’est le fameux sentiment lié à l’hormone qu’est la dopamine qui nous procure la sensation de plaisir ce qui active ainsi le système de récompense/renforcement. D’ailleurs, plusieurs études scientifiques en neurosciences ont montré que nos postes sont souvent orientés par rapport au besoin d’approbation et/ou au regard des autres. 

Dans le cadre de mes recherches en vue d’écrire cet article, j’ai eu à suivre un documentaire intitulé « Social Dilemma  »  réalisé par  Jeff Orlowski. Les participants de ce documentaire avaient été des acteurs dans la mise en place de ces différentes technologies. Leurs avis sur l’utilisation de ces réseaux est clair : une utilisation constante, sans temps limite rend accro ! Par ailleurs, ils évoquent aussi l’influence négative consciente ou inconsciente qui peut en ressortir. Certains exemples ont été illustrés, notamment sur la distorsion de notre image par rapport à autrui, les filtres qui nous poussent à nous embellir pour ressembler à notre vision du “parfait”, les mouvements auxquels on peut adhérer sans même comprendre le sens fondamental. Malheureusement les jeunes adolescent.e.s sont ceux/celles qui sont le plus atteint.e.s par les conséquences de l’utilisation fréquente des réseaux. En  2019, la presse rapportait qu’au moins 259 personnes étaient mortes en l’espace de cinq ans  prenant des selfies, “des SELFIES s’il vous plaît ! ». De plus, une étude de l’UNESCO annonçait qu’en 2017, 246 millions d’enfants et d’adolescents étaient victimes de cyberharcèlement dans le monde et les chiffres ne font que croître.

Les jeunes ne sont pas les seuls à en subir les conséquences. Chez les adultes, les comparaisons sont très vite mises en avant. Tout d’abord, rares sont ceux qui mettent sur la toile leurs galères, leurs peines, leurs difficultés. En revanche nous aurons tendance à voir leurs succès, éloquence à l’oral, aisance à l’écrit, beaux physiques… et s’ils nous parlent de leurs échecs ce sera après coup, parce qu’ils ont réussi à les surmonter. En tant qu’adulte, cela donne une vision erronée du chemin à parcourir pour réussir. Nous pouvons avoir l’illusion que la réussite est facile alors qu’il y a un grand travail derrière (la partie cachée de l’iceberg). Par conséquent, le sentiment de ne pas valoir assez ou de ne montrer qu’une version parfaite de notre vie, peut vite faire partie de notre quotidien. C’est le cas de Hushpuppi, arrêté cette année par Interpol pour cybercriminalité alors qu’il affichait un train de vie de rêve sur les réseaux sociaux. Certains mettrons des citations sur twitter qui sont à l’opposé de ce qu’ils sont. D’autres feront l’apanage des « fake news » souvent même sans s’en rendre compte.  

Partant du constat que nous sommes une société de consommation, les géants des plateformes sociales ont compris qu’il y a de l’argent à se faire : c’est là que l’autre aspect des réseaux entre en jeu. C’est dans cette optique que Facebook est en train de racheter petit à petit les autres réseaux et les relier entre eux. Le principe d’enrichissement est simple: d’abord les utilisateurs s’abonnent à des comptes qui les intéressent pour ce qu’ils font et pour ce qu’ils peuvent leur apporter (information, formation, humour, …). Ensuite, l’algorithme de ces réseaux sociaux leur proposent encore plus de comptes en rapport avec ce qu’ils aiment et enfin ils placent les produits marketing qui pousseront les utilisateurs à consommer (par un achat ou un abonnement). C’est une boucle sans fin. L’autre aspect de rentabilité est l’annonce publicitaire. Les entreprises paient les plateformes pour le placement de leurs produits et services. De ce fait, les utilisateurs reçoivent des publicités ciblées en fonction de leurs habitudes de visualisation.

En plus de rendre les utilisateurs  “consommateurs compulsifs”, les réseaux sociaux prennent notre temps mais aussi réduisent notre sens critique. En effet, lorsque qu’en tant qu’utilisateur nous avons une idée du type “est ce que la terre est ronde ?”nous allons orienter nos recherches en formulant la question selon nos convictions. Ainsi les réponses que nous aurons, seront forcément autour des arguments qui enrichiront cette thèse. Celui qui fera la recherche sur le fait que “ la terre soit plate” aura le même résultat. La conséquence est que les gens camperont sur leur position et resteront bornés. Par conséquent, le sens critique ne sera pas mis en place et la remise en question non plus (lire La démocratie des crédules deGérald Bronner).

La psychologie humaine est fascinante et celui qui en connaît l’étendu détient un pouvoir immense. Les fondateurs des applications sociales l’ont bien compris en développant des fonctionnalités qui nous laissent captifs devant nos écrans. 

En résumé, les réseaux sociaux ont des aspects positifs tout comme négatifs et tout dépend des usages. La gratuité, la diversité d’informations ainsi que les notifications de ces plateformes sont des facteurs qui nous rendent accro. Néanmoins, nous sommes les utilisateurs de ces outils et non l’inverse. En tant qu’utilisateur, il en va de notre responsabilité de choisir ce que nous regardons, le temps que nous passons dessus et souvent d’orienter nos recherches à contre-courant de nos idées afin de ne pas tomber dans les extrêmes ou se retrouver dans une bulle. N’oublions pas que nul n’est parfait et profitons du meilleur de ces technologies sans délaisser tout ce qui nous entoure.

Nous devons nous poser la question de savoir :

que recherchons-nous en postant ? » Est-ce de l’attention ou du partage par besoin de transmettre ? Est-ce l’expression de notre égo ou l’envie de donner le sourire à d’autres ? En somme, soyons conscients et responsables que nous sommes maîtres de ce que nous décidons de partager et de consommer.

Anges

Étiquettes:

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *