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LES CHAINES DE LA FEMME AFRICAINE

Dans la vie courante, nous subissons une pression sociale qui peut parfois être un frein pour notre épanouissement. Hommes comme femmes, à un moment ou à un autre cette pression peuvent nous enchaîner dans nos activités ou nos choix de vie. Cependant, je parlerai de ce que les femmes vivent car en mon sens, cela englobe (à quelques exceptions près) ce que les hommes vivent d’une part et comporte en plus des extra qui ne sont tournés que vers la gente féminine. Le volet que j’aborderais dans cet article est certes celui de la femme en général, mais de la femme africaine particulier. En tant que femme noire vivant en Occident, je constate que nous ne vivons pas les mêmes réalités que les autres. Nos chaînes sont différentes et très profondes.

Je définis les chaînes ou l’emprise mentale de la femme africaine comme le poids engendré et dicté par la société concernant ses attentes envers la gente féminine. Ce poids est ensuite intériorisé de façon consciente ou inconsciente et devient par la suite, des chaînes psychologiques.

Voici quelques histoires illustrant les frustrations que les femmes subissent et qui constituent une grosse frustration. Ces personnages sont fictifs et ces histoires sont inspirées de la vie quotidienne.

Marie, 13 ans, Congolaise – élève 

Marie est une petite fille qui a un frère aîné de 16 ans et un frère cadet de 9 ans. Elle est au collège et aime passer du temps avec ses copines. Elle est passionnée de football et de danse. Lorsqu’elle doit sortir avec ses amie(s) ou aller jouer au football, elle doit user de stratégies. Ses parents ne voient pas d’un bon œil sa passion pour le foot car comme ils aiment le dire: c’est un sport de garçon. Sa mère veut surtout qu’elle sache cuisiner, faire le ménage et s’occuper de son petit frère. Il est aussi important qu’elle sache se vêtir lorsqu’elle sort, non pas en fonction du temps ou de ses goûts, mais pour éviter de se faire agresser.

Comparé à son frère le plus âgé, les sorties de Marie sont contrôlées. Elle a besoin de demander une semaine à l’avance sous réserve que ce ne soit pas validé. Une fois, elle a oublié de vérifier que son petit frère avait toutes ses affaires dans son sac. En conséquence, elle s’est faite réprimander alors que rien n’a été reproché à son grand frère. Au lieu de profiter de sa jeunesse, Marie a déjà plusieurs responsabilités.

Cynthia, 26ans, Togolaise – jeune diplômée

Cynthia vient d’avoir son master en Neurosciences. Après avoir passé ces années de dur labeur récompensées par un diplôme, la famille s’empresse de demander à voir le copain. Ce fameux copain qui, soit dit en passant, ne devait pas exister pendant les années d’études (hypocrisie africaine!). Cette dernière aura des réflexions de toute part: à quand le petit ami? et si petit ami il y a, à quand la dot/le mariage? Une vie de stress entre sa transition dans le monde professionnel et la famille qui la taraude de questions.

Binta, 30ans, Malienne – célibataire

Binta est une femme qui aime voyager. Elle n’est pas en couple et cela lui convient très bien. Elle est plutôt du genre à prendre les choses comme elles viennent. Sauf qu’il existe une théorie africaine selon laquelle une femme âgée de 30 ans, encore célibataire doit commencer à se poser de sérieuses questions. Aussi, la baisse de ses attentes doit figurer dans ses préoccupations. Oui! L’horloge biologique en est pour beaucoup. C’est exactement le genre de situation dont un homme se souciera peu et ne sera pas oppressé de réflexion. Dans le cas de Binta, son statut de célibataire qu’elle assume ouvertement est un problème pour sa famille.  Elle est perçue comme un ovni. Binta doit gérer les critiques et remarques au quotidien tout en voulant profiter de sa vie.

Attention à celles qui vivent seules en Afrique, c’est très mal vu (vente de piment*). Dois-je m’étaler? 

 Rugabira, 33 ans, Rwandaise – aucun désir de maternité

Rugabira est une femme pétillante et qui ne souhaite pas donner la vie. Malheureusement pour elle, nous vivons dans un modèle tel que, à chaque tranche d’âge la société s’attend à un accomplissement. Pour beaucoup, le fait de se marier/d’avoir des enfants est l’accomplissement ultime. Le fameux “reproduisez-vous, remplissez la terre”. Toutefois, Rugabira a fait le choix de ne pas laisser de progéniture et elle est en parfaite adéquation avec. La pression sociale devient tel qu’elle reçoit des remarques comme: 

  • Tu es égoïste, si tes parents n’avaient pas voulu de toi, tu ne serais pas de ce monde 
  • Lorsque tu vieilliras, tu finiras seule sans personne
  • Réfléchis bien à ta décision, tu n’as pas toute la vie
  • Ne veux-tu pas laisser une trace de toi sur cette terre ?
  • Et la pépite: pendant que d’autres femmes cherchent et n’arrivent pas à en avoir, toi tu peux et ne veux pas!

Vous constatez que toutes ces remarques sont des projections de ce que les autres veulent pour autrui, pensant que cela la rendra heureuse. En aucun cas la décision de ne pas vouloir d’enfants n’impacte quelqu’un d’autre. Rugabira a fini par décider de taire ce childfree dans les profondeurs de son cœur, pour éviter les conseils de personnes savantes. 

Abena, 27 ans, Ghanéene – jeune mariée

Abena s’est mariée avec Annan, son amour de jeunesse. Ensemble, ils ont une vision de leur famille et attendent un peu avant de faire des enfants. Toutefois en Afrique, le mariage est une histoire de famille. Il y a un adage qui dit: “en Afrique, on n’épouse pas une femme/un homme, on épouse toute sa famille”. Cependant, elle ne s’attendait pas à ce que certains membres deviennent des conseillers en planning familial avec des questions du style “alors à quand l’enfant?” et “tu nous donnes notre premier petit-fils (oui! pas fille car le mythe du fils pour perpétuer le nom est très présent) quand?”

Les repas de famille deviennent interminables. Abena remet en question cette décision et commence à se dire qu’il serait peut-être temps de penser à faire des enfants.

Sophie, 38 ans, Camerounaise – carriériste

Sophie est une femme passionnée par son boulot et sa carrière. Elle est hyperactive et ne peut passer la journée à se tourner les pouces. Lorsqu’un homme est carriériste c’est super mais quand c’est une femme c’est péjoratif. Il paraît que trop d’études font fuir les hommes. Selon l’entourage de Sophie, une femme qui est passionnée par son activité professionnelle délaisse très souvent son homme et ses enfants. Elle s’avère difficile à dompter ou trop indépendante. Sophie oscille entre les remarques sexistes au boulot et sa capacité à mener à bien des projets car à la moindre erreur, ce sera parceque c’est une femme. En rentrant chez elle, le mari et les enfants l’attendent de pied ferme. C’est le début d’un boulot secondaire. Sophie est une femme psychologiquement tiraillée et physiquement exténuée. 

Sanaa, 35 ans, Algérienne – femme au foyer

Sanaa est mariée et a 4 enfants. Nous pouvons croire qu’être femme au foyer l’exempte de tous les scénarios cités plus haut, mais cela n’en est rien. En plus du fait que cette dernière soit au service de toute sa famille et cela toute la journée, ses tâches restent répétitives et pas épanouissantes. Les journées sont rythmées aux pas des dégâts laissés la veille par sa famille, et des programmes de tous les membres de celle-ci. Sanaa est le centre du fonctionnement de la maison. Elle peut aussi être la risée de ses ami(e)s et de la belle famille. Sa famille ne comprend pas qu’après une licence, elle ait fait le choix de rester à la maison. Au 21ème siècle, une femme qui se dévoue à rester à la maison (par choix), pour encadrer ses enfants est considérée comme préhistorique par ses paires. Et si en plus elle n’a aucune activité qui soit source de revenus, elle est pour sa belle-famille, une sangsue pour leur fils.

Kadi, 40 ans, Sénégalaise divorcée avec enfant(s)

En arrivant ici, je me dis, mesdames, “nous souffrons”. Elle, c’est Kadi, elle a 3 enfants et une vie bien remplie. Elle a décidé de quitter son mari lorsque ce dernier a épousé une 2 eme femme. Malgré le fait qu’il y ait une énorme évolution sur plusieurs niveaux en ce qui concerne l’émancipation de la femme, il reste encore beaucoup de progrès à faire. Surtout en ce qui concerne l’évolution des mentalités. Au Sénégal et dans la majorité des pays en Afrique, une femme qui divorce fait honte à sa famille peu importe la cause de la séparation. Lorsque c’est son mari qui demande le divorce, la famille de la femme peut même aller jusqu’à le supplier de la “reprendre”. Kadi est partie sans se retourner, emmenant avec elle ses enfants sous les bras.  Après un divorse, rares sont les pères qui restent avec leurs enfants. Cela s’explique par deux faits: leur incapacité d’en prendre soin sans une femme et leur démission à leur rôle. Les enfants finissent tout naturellement avec leurs mamans. Ce fut le cas de Kadi qui doit maintenant gérer les deux rôles toute seule. Selon les stigmates de la société, une femme divorcée avec enfants qui revient sur le marché, est considérée comme un être “en solde”. Elle ne doit pas prétendre à de grands critères. Certaines arrivent même à abandonner, non que dis-je, laisser leurs enfants à leurs parents pour faire plaisir au nouvel amant. Pendant ce temps, l’ex mari, vit sa nouvelle vie pénard…

La famille de Kadi n’a pas fait exception à la règle. C’est naturellement qu’ils lui ont demandé de courber l’échine si un homme s’intéresse à elle et accepte ses enfants. 

Marie, Cynthia, Binta, Rugabira, Abena, Sophie, Sanaa et Kadi sont des femmes qui ont pris des chemins différents. Cependant, elles sont victimes du jugement de la société et de l’impact de cette charge sur leurs épaules. La seule erreur qu’elles ont eu à faire c’est de naitre femme. Une femme qui laisse son enfant de 9 mois à son père et part en voyage de 2 semaines est une mauvaise mère. Un homme qui le fait, personne ne se pose la question de ce qu’il est. Les conséquences sont énormes: le manque de temps, le sentiment d’être en charge de tout le quotidien, la comparaison avec les autres et le sentiment de culpabilité parce qu’ on n’y arrive pas, la liste est longue…

Pour finir, je dirais laissons les gens vivre leur vie comme ils l’entendent. À toi qui lis ceci, femme comme homme, un seul dicton: “mind your own business”.

A bon entendeur,

Anges.

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