«LES CHANSONS DE LA RUE »

Source image : Campagne tosala

La rumba est certainement la plus grande ambassadrice de la culture congolaise. Elle a connu ses heures de gloire avec de grands artistes comme : Franco, Koffi Olomide, Papa Wemba, Madilu System et bien d’autres. Aux côtés de ces artistes de la première génération, des artistes plus jeunes comme Ferre Gola, Roga Roga, Doudou Copa et bien sûr Fally Ipupa ont su se réapproprier le genre et y insuffler des sonorités nouvelles.

Je suis une fan absolue des classiques de la rumba. Pourtant ce ne sont pas les chansons qu’on écoutait aux arrêts de bus avant de se résigner à marcher. Ce ne sont pas les chansons sur lesquelles on a dansé lors de la première sortie en boîte de nuit avec le crush de l’époque. Ce ne sont pas les chansons qu’on aimait secrètement et qu’on faisait semblant de ne pas connaître devant nos parents. Les chansons qui nous ont accompagnés à tous ces moments clés sont les « chansons de la rue » autrement dit les « musiques urbaines ». Au Congo, ce terme un peu « fourre-tout » englobe deux (2) genres majeurs : le rap et le coupé-décalé congolais. Il faut également noter la montée en puissance de sonorités afrobeat, inspirées des artistes nigérians.

Le rap est un style de musique né dans les années 1970 dans les ghettos aux Etats-Unis. Il tire ses origines du Hip-hop et s’en distingue par l’usage de la rime. Le rap se distingue des autres genres musicaux par son rythme cadencé et énergique. Les rappeurs sont parfois assimilés aux griots africains (poètes musiciens qui chantent lors des célébrations). A ses débuts, le rap était avant tout un exutoire pour les jeunes afroaméricains issus de quartiers défavorisés. Aussi, les chansons sont souvent des dénonciations des inégalités sociales et de la violence. A partir des années 1990, le rap séduit les jeunes du  monde entier en particulier les jeunes congolais. Le rap congolais reprend les codes généraux du rap et aborde les grands thèmes de celui-ci. La particularité du rap congolais est qu’il allie les langues locales et le français. 

Mais qu’est-ce que le coupé-décalé congolais ? Le coupé-décalé congolais est un genre musical inspiré du coupé-décalé ivoirien né dans les années 2000. Le coupé-décalé  est un genre dérivé du Zouglou (musique populaire ivoirienne). Il se caractérise par ses rythmes inspirés des percussions congolaises et ivoiriennes et sa célébration de la vie. Ce genre s’est popularisé au Congo avec les chansons essentiellement chantées dans les langues locales. Les artistes chanteurs sont souvent appelés « DJ » et la recette d’un hit de coupé-décalé congolais est la suivante : un instrumental rythmé de 5 à 10 minutes, un refrain entraînant, le tout saupoudré de quelques atalakus à l’endroit des hommes les plus riches du pays.

Les musiques urbaines sont souvent taxées de vulgaires musiques, dénuées de messages constructifs et contribuant à la dépravation des mœurs. Mais pourquoi les musiques urbaines ont-elles autant mauvaise presse au Congo? Je le concède, les paroles sont parfois très explicites et pas adaptées à un public mineur. C’est pour cette raison que certaines chansons sont censurées et qu’elles ne sont pas diffusées dans les médias traditionnels. 

Pourtant les musiques urbaines ne sont pas que vulgarité et ambiance. Elles incarnent aussi la voix d’une jeunesse sans voix et en manque de perspectives. Lorsque Young Ace met en lumière le chômage des jeunes diplômés ou encore la difficulté de se payer des forfaits internet dans son titre « Mbok’oyo », ce sont des milliers de jeunes au chômage qui se sont sentis enfin représentés.

La proximité avec les jeunes fait des artistes urbains d’excellents relais pour les sensibiliser sur diverses questions.  La récente campagne “Tosala” menée par l’Institut Français du Congo en est la parfaite illustration. Cette campagne a mis en lumière plusieurs artistes féminines afin de sensibiliser les jeunes femmes sur leur droits.  En collaborant avec les  artistes urbains, les pouvoirs publics et les personnes souhaitant atteindre les jeunes  pourraient le faire plus efficacement. Enfin, les musiques urbaines font partie intégrante de la vie culturelle du pays et contribuent à son rayonnement.

Comment une chanson urbaine devient-elle un hit sans passer par les canaux de diffusion classiques ? 

Les chauffeurs et les contrôleurs de bus sont les premiers ambassadeurs des musiques urbaines au Congo car la population se déplace majoritairement en transports en commun. Sous la chaleur cuisante, quand on est à l’étroit entre deux personnes en sueur, tout va bien tant qu’il y a la chanson qui ambiance. Au pays de l’ambiance, les discothèques, les bars, les VIP et les ngandas sont bien évidemment le deuxième pôle de diffusion de la culture urbaine. Depuis quelques années, internet est devenu un tremplin pour de nombreux artistes et un moyen efficace de se faire connaître au-delà des frontières. 

Pour ceux qui sont nostalgiques des hits du passé, sachez qu’ils sont quasiment tous disponibles sur youtube à présent. Je vous conseille les titres suivants :

Pour terminer, je vous recommande les artistes suivants (liste non exhaustive): 

  • Jessy B, jeune rappeuse talentueuse, saura vous ambiancer tout en prônant l’empowerment des femmes.
  • Spirita Nanda, la reine de la sensualité.
  • Mixiana Laba, la beauté ébène est comédienne, danseuse et photographe.
  • Mariusca la Slameuse, artiste éclectique, slameuse mais aussi comédienne.
  • Teddy Benzo, valeur sûre du rap congolais et actif depuis de nombreuses années.
  • Young Ace, rappeur, ses textes engagés ont fait de lui ont valu le Prix RFI découvertes 2020.
  • Sam Samouraï, bonne humeur garantie avec ses titres qui mettent en valeur les dialectes du pays.
  • MPR,ce duo de rappeurs de Kinshasa vous séduira avec ses punchlines en Lingala. 
  • Sosey, avec ses textes engagés qui mélangent à merveille les langues locales.
  • Asapolis, ses chansons aux influences afrobeat mettront l’ambiance à vos soirées
  • MLG Mochristo, ambiance garantie !

Musicalement,

Marion

3 commentaires sur “«LES CHANSONS DE LA RUE »”

  1. Ibrahim Gnoliwou

    Ces classiques qui ont bercé notre plus jeune âge tels que madoda,zembé et bien d’autres, merci pour ce rappel.

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