LIBEREZ LES BOOBS!

Source image : Merieme Mesfioui

Les femmes ont recours à différents outils pour relever leurs poitrines, suivant les époques et les objectifs, les formes et les tissus utilisés diffèrent. Dans bien des cas, l’apparence peut primer sur le confort dans la conception du soutien-gorge. Ce dernier joue un rôle déterminant dans la relation entre le corps et le vêtement. Il aide celui-ci à passer du corps naturel à un corps reflet de la société.

Contrairement aux idées reçues, le soutien-gorge ne sert pas à raffermir les seins. Visuellement, il remonte la poitrine et peut jouer sur son volume : il remplit une fonction purement esthétique. Dans un article du journal Le Point, le professeur Jean-Denis Rouillon confirmait les avantages du non port du soutien-gorge. D’après son étude, lorsqu’une femme arrête d’en mettre, les mamelons remontent, la poitrine se raffermit et les vergetures sont moins visibles. Cependant, dans notre société, les gens continuent à avoir une opinion erronée du soutien gorge.

Lorsque mes ntountou* ont pointé, ma mère m’a tout de suite dit qu’il fallait que je mette des soutiens-gorge pour éviter que ma poitrine ne pende. Elle me disait : « nous n’avons pas eu tout ça à notre époque et aujourd’hui regarde comment nos seins tombent, si nous en avions, peut être qu’on aurait pu l’éviter ». J’ai bu tout ce qu’elle me disait et j’ai commencé très jeune à en porter. À 12 ans, mes seins n’étaient pas encore formés que je cherchais les plus petits bonnets au marché et les portais. Parfois il y avait même de l’espace entre mon sein et le bonnet: il n’était clairement pas à ma taille mais il fallait que je le mette.

Il ne m’était pas venu à l’esprit de douter du discours de ma mère. Elle avait plus d’expérience dans la vie que moi et elle ne voulait que mon bien. Cependant il y avait un gros problème dans son langage, disons deux. 


Le premier est qu’elle pensait que les soutiens me permettraient de maintenir la forme de ma poitrine. Mais, son avis n’avait pas de réelle base scientifique: est-ce qu’il y a une étude qui prouve que les femmes qui mettent des soutifs ne voient jamais leurs seins tomber ? J’ai entendu quelque part « Si Dieu ne voulait pas que tes seins tombent il allait mettre os dedans, s’il n’a pas mis os dedans ça veut dire que tes seins doivent tomber ».

Le second problème dans le discours de ma mère était qu’elle considérait qu’une poitrine qui pend est disgracieuse. Pourquoi ? Qui a dit ça ? Pourquoi la société veut nous faire croire que les seins pointus sont la norme alors qu’on sait depuis la nuit des temps que les seins tombent. Qui a eu cette idée macabre de nous faire détester nos propres corps?

Personnellement le port du soutien-gorge a toujours été oppressant plus qu’autre chose. En pleine journée il arrive des moments où j’ai l’impression que ma poitrine est comprimée, j’en rigole parfois en l’appelant “l’instrument de torture”. Dans les conversations, quand je me heurte à la question de savoir quel est mon moment préféré de la journée, la réponse est presque immédiate : c’est quand je rentre chez moi et que je peux l’enlever. Je peux enfin prendre une douche, manger, me relaxer et savourer ce sentiment de liberté et de bien-être. Quoi qu’on dise de nos sociétés, notamment la société congolaise, il est possible d’adopter la vie de no bra* quand on fait une taille de bonnet A ou B, mais le défi devient colossal quand on passe au bonnet C ou D, je n’imagine même pas pour celles qui font un bonnet supérieur.

Aujourd’hui, nous avons l’impression qu’il est plus facile de mettre un soutif pour ressembler à ce qui est considéré comme normal que de laisser nos seins s’exprimer dans leurs différences. Comme beaucoup de personnes, j’ai toujours cru que les seins pointus étaient la norme. Ce n’est pas parce que je n’ai jamais vu de seins qui pendent, non, c’est parce que, dans la rue, la plupart des femmes essaient de les remonter. Elles font en sorte qu’ils soient ronds, elles les rendent « présentables ». Ça a l’air banal dit comme ça. Mais, pour celles qui ont déjà vu des femmes nues, demandez vous combien de fois vous avez constaté l’arnaque en découvrant comment un sein était différent avec ou sans soutien-gorge. La conséquence générale est qu’inconsciemment, nous nous disons toutes qu’avoir ce buste parfait c’est la norme et que les femmes qui n’atteignent pas cet idéal se rabattent vers cet outil pour essayer de ressembler aux autres. Elles utilisent cet artifice pour avoir l’air “correct”.

Nos aînées ont des corps différents, certaines ont vu leurs poitrines s’affaisser dès l’adolescence, d’autres ont vu les accouchements et le temps s’en charger. Cependant, elles ont camouflé leurs seins avec des soutiens-gorge, elles nous ont caché la réalité. Comme elles, nous avons pris l’habitude de porter des masques avec les soutifs, et en les enlevant, seules dans nos chambres, nous sommes face à nos complexes.

C’est pour ces raisons que j’ai abandonné les soutiens-gorge qui me donnent l’illusion d’une poitrine parfaite. Lorsque je veux absolument mettre un sous vêtement à ce niveau, j’opte pour un modèle qui respecte la forme de mes seins. Un qui ne les rend pas faussement ronds et qui ne me fait pas mentir sur leur taille. J’ai voulu me mettre en face de ma réalité et présenter mon corps tel qu’il est réellement. J’ai appris à regarder mes seins et à les porter tels qu’ils sont vraiment.

C’est assez difficile de décider de ne plus mettre de soutien, sachant tout ce que cet objet a toujours représenté pour les femmes : un atout de séduction ou un moyen de se sentir normale. Cependant, le vrai combat commence lorsqu’on n’en met plus. Chez nous c’est encore très inapproprié de sortir sans soutien-gorge, et les camarades pervers en profitent pour exprimer leurs intuitions obscures. 

La première fois que je suis sortie de chez moi no-bra, j’allais faire une course. J’avais bien pris soin de sortir quand mamie ne serait pas présente, ses remarques m’auraient découragée avant même que je ne franchisse le pas de la porte. La route jusqu’au centre commercial m’avait semblé durer des heures ce jour-là. J’avais ce sentiment que tous les passants me jugeaient, chaque regard ou sourire à mon égard avait une connotation différente, sûrement que la plupart ne me remarquait même pas mais je me sentais honteuse. Évidemment il y a eu quelques commentaires… Deux jeunes hommes m’ont lancé un « Ujana », et certaines femmes m’ont aussi fait des remarques. Paradoxalement, les réactions les plus virulentes étaient celles des femmes. À l’arrêt de bus de Talangaï (un quartier chaud de Brazzaville), une femme ou plutôt une mère a pris une dizaine de minutes à me sermonner pour mon attitude qu’elle jugeait déplacée, juste parce que je voulais passer une journée sans cette chose qui m’oppressait continuellement. Finalement, j’ai rebroussé chemin et j’ai décidé de changer d’approche.

Pendant près d’un an je ne mettais pas de soutien sous les robes, ensuite j’ai abandonné les soutifs pour passer aux bralettes, une forme de soutien-gorge sans armature et ce avec tous les vêtements. Je n’ose toujours pas arrêter les bralettes parce qu’il y a le poids de la société. Aussi, je me sens parfois obligée de mettre un vêtement qui camoufle mes tétons, pour me conformer à une image dite ”respectable” dans certains milieux. 

Le travail n’est pas que physique mais aussi mental. Même si je suis convaincue que ça me fait du bien, il m’est impossible d’adopter ce mode de vie dans tous les endroits où je vais. Au travail par exemple je ne peux me le permettre, car bien que je ne dérangerais personne, je me dois de respecter les règles de bienséance.

La vie de no bra n’est pas de tout repos, il faut savoir résister à la pression sociale. En même temps, si nous sommes plus solidaires entre femmes, plus aucune ne serait jugée sur la forme de sa poitrine ou sur le fait qu’elle ne mette pas de soutif.

Rendons ce qui est normal normal, libérons nos boobs !

Exau, Estia.

* ntountou : poitrine naissante à la puberté.

* no bra : mouvement consistant pour des personnes ayant une poitrine à ne volontairement pas porter de soutien-gorge.

4 commentaires sur “LIBEREZ LES BOOBS!”

  1. Bel article
    Moi aussi je n’oserai pas sortir sans mon soutif.
    D’ailleurs quand des jeunes filles avaient des gros en leur demandaient de dormir avec des soutifs histoire de les rétrécir

  2. Retour de ping : COMMENT AVOIR LE CORPS IDÉAL - IMANIA

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