L’ILLUSION DE L’ÉGALITÉ

Source image: Jozef Micic

Pour faire carrière, les femmes font face à plusieurs obstacles récurrents. Leur entrée sur le marché du travail s’est traduite par la nécessité de partager le temps, entre travail rémunéré et famille, de façon plus équilibrée entre les deux sexes. Le partage des tâches entre hommes et femmes au sein des familles, en termes de couple, ainsi que le rapport au travail font partie des problématiques les plus fondamentales de la société. 

On ne peut analyser séparément la place des hommes et des femmes dans les dimensions familiale et professionnelle. Dès lors que l’on se retrouve dans une configuration familiale, il existe une interdépendance et elle est inévitable. On est en même temps femme, homme, mais aussi époux, épouse, mère et père. Des responsabilités sont associées à chaque rôle : chaque humain a des objectifs professionnels à atteindre, les époux partagent leurs vies personnelles puis en tant que parents de nouvelles obligations s’imposent. Si un rôle est impacté, les autres le seront forcément à leur tour.

L’évaluation et la réévaluation des priorités au sein de la famille sont constantes et nécessaires pour maintenir un équilibre optimal. Il est possible de s’organiser de manière à ce  qu’un rôle contribue à l’épanouissement de l’autre tout en s’assurant que les exigences de l’un profitent à l’autre. Il arrive que les priorités de chacun se heurtent aux réalités sociales au moment de certains choix.

Le privé et le public sont deux ensembles qui chacun avec ses exigences, ses contraintes et ses éléments positifs se nourrissent et se maintiennent l’un par rapport à l’autre. Ceci dit, si l’on veut assurer une véritable égalité professionnelle, il faut donner les moyens d’approcher une égalité familiale dans la sphère privée. En ce sens, les politiques doivent s’assurer que tout individu soit à même d’avoir une vie de famille tout en étant productif professionnellement. 

Le travail dans la société congolaise est une notion relative, car elle entremêle des problématiques plus larges comme la sécurité de l’emploi, le taux de chômage et la corruption. Dans ce contexte, de nombreux emplois restent informels. En effet,  selon les données du CNSEE datant de 2011 “la majorité des Congolais travaillent dans le secteur informel. 67% des travailleurs à Brazzaville et 84,8% des travailleurs à Pointe-Noire sont dans le secteur informel, à contrario 33% des travailleurs à Brazzaville et 15,2% à Pointe-Noire évoluent dans le secteur formel”.

Bien qu’il soit difficile d’avoir des données chiffrées, il est aisé de constater comment ça se passe en société. Il y a une sorte de hiérarchie des activités entre femmes et hommes.

Les métiers des hommes relèvent souvent du salariat et sont des emplois à revenus fixes. Les plus répandus chez la femme moyenne congolaise sont  des emplois flexibles qui ne relèvent pas du salariat, souvent liés à la vente. Ces métiers  ne bénéficient pas d’une  retraite pleine et formelle à l’instar des  emplois classiques. Même s’ils ne sont pas sécurisants, il est possible de les exercer tant que la santé le permet. Les hommes possédant des métiers flexibles sont souvent considérés comme des personnes non accomplies. 

Ainsi, le mariage devient une garantie de sécurité financière pour plusieurs femmes. Celles qui font des études, même avec un revenu stable, reposent sur le soutien de leur partenaire. Le mariage peut devenir un levier de rééquilibrage par défaut, ainsi le choix du conjoint devient d’autant plus essentiel pour les femmes. (Cf Sociologie de la famille et sociologie de l’intérêt). Selon une étude du New York Times, un homme gagne en crédibilité lorsqu’il devient père tandis que la femme peut se voir refuser une opportunité de travail car elle attend un enfant. Cela donne aux hommes l’image de responsable selon le modèle familial classique. Dans l’esprit des employeurs, un père de famille travaille sérieusement afin d’être un pourvoyeur alors que pour la femme le risque d’une future grossesse plane. Le choix de fonder une famille est dès lors handicapant pour les femmes qui veulent faire carrière. 

Les sociétés ont des attentes insurmontables envers les femmes qui travaillent. L’exigence d’adopter un style de maternité intensive : qu’elles soient étroitement impliquées dans l’éducation des enfants et qu’elles maintiennent un niveau constant de temps passé avec ceux-ci même lorsque leur temps de travail salarié augmente. 

Le concept de travail est pris de manière partielle. En effet, son sens devrait correspondre au sens originel, l’ensemble des éléments qui contribuent à transformer la nature pour satisfaire l’humain. Mais c’est également l’ensemble de ce travail qui est visé par des politiques publiques et privées. Ces politiques se matérialisent par des lois contre la discrimination dans le cas public et les aménagements d’horaires ainsi que la possibilité de travailler à temps partiel, en entreprise par exemple. De manière implicite, la plus grande partie des tâches  est reléguée à la personne ayant le travail ou le rôle le plus flexible.  

Les dernières décennies ont enregistré des changements majeurs dans les relations liant le travail et la famille avec le nombre de femmes salariées qui n’a cessé d’augmenter, conjointement au développement du secteur tertiaire. Cependant, ces femmes, à hautes responsabilités professionnelles  ou pas, ne se voient pas accorder des dispositions d’allègement. Elles sont souvent forcées de choisir entre leurs ambitions personnelles initiales et les réalités de la vie conjugale. Une étude de l’Harvard Business Review explique que les femmes les plus diplômées considèrent que le plus grand frein dans leur réalisation est le conjoint non coopératif. Le contraste peut conduire à une surperformance: elles gardent un niveau d’implication important dans le cercle privé et gardent des objectifs ambitieux dans le cercle professionnel.

Un rééquilibrage des normes peut entraîner une vague de monoparentalités, car les déséquilibres dans les schémas familiaux établis jusqu’à maintenant peuvent créer des divorces. La surperformance n’est pas impossible. Elle est d’ailleurs très appréciée et valorisée, mais ne peut devenir une norme, et si elle le devient, elle ne fait que creuser davantage l’inégalité et le manque cruel d’équité entre l’homme et la femme. Les admirations et compliments n’aident pas non plus à réduire ce fossé. L’équilibre n’est pas l’équité, mais juste des façons de faire qui se pérennisent de génération en génération par des éléments qui la font subsister. Tous ces antagonismes à la restructuration d’un système moins disproportionné sont d’énormes difficultés au réformisme. 

L’égalité entre hommes et femmes concernant la carrière professionnelle ne dépend pas uniquement des compétences professionnelles. L’écart d’équité ne pourra pas être rétabli avec des mesures ne s’attaquant qu’au milieu professionnel ou académique. Pour une égalité juste, il faudrait des mesures qui imposent ou contraignent un meilleur partage des tâches liées à la vie de famille, étant donné que ce domaine relève du privé, l’égalité reste une illusion, un idéal auquel il est bon de croire afin d’au moins réduire le fossé entre les deux genres.

Imania

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