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METTONS-LES À L’ABRI !

Source image: Doidam10 via canva pro


Pendant la période de gestation, les parents tombent amoureux de l’image qu’ils se font de leur bébé.  Après la naissance, ils découvrent sa réelle personnalité et doivent s’en accommoder.  Chaque parent  a une conception différente de ce que devrait être l’enfant idéal, ceci s’explique par la pluralité et la diversité des cultures. En Afrique, la plupart des familles attendent de lui qu’il soit intelligent, qu’il participe aux tâches ménagères et surtout qu’il soit obéissant. Dans un tel cadre, le respect des aînés est très important, pour beaucoup un enfant “bien” ne se  rebelle pas. Une manière de penser qui n’a rien de mal en soi, sauf quand cela devient oppressif pour les plus petits et signifie subir des maltraitances. 

Chaque année, un enfant sur deux dans le monde subit des actes de violence. On distingue plusieurs formes de maltraitances infantiles: les maltraitances physiques, les maltraitances psychologiques et les maltraitances sexuelles. Chacune d’elle pouvant entraîner des traumatismes, des handicaps voire des décès.

Il est difficile de reconnaître un cas de maltraitance en Afrique. Dans un continent où l’on pense qu’il faut tout un village pour élever un enfant, la ligne entre violence physique et correction est très floue. Au Congo, on dit qu’un enfant n’appartient qu’à la maman quand cette dernière  est enceinte et quand elle accouche, il est de tout le monde. Un dicton qui de base traduit la solidarité africaine: mes géniteurs ne sont pas les seuls à être considérés comme mes parents mais aussi toute personne ayant leur tranche d’âge. Le danger avec ça, c’est que cela les “autorise” aussi à “me corriger”; que ce soit la tante éloignée, la dame qui vend les beignets dans le quartier ou mon professeur. Le problème est que chacun a une éducation et une sensibilité différente. En effet ce qui peut passer pour l’un est inadmissible pour l’autre, et on se retrouve avec un enfant qui se fait “corriger” par tout le monde. 

La maltraitance physique envers les enfants est souvent normalisée. Combien d’entre nous racontent en riant que nos parents nous battaient avec des ceintures? Combien ont fini à l’hôpital parce que les parents, remplis de colère, avaient touché des parties sensibles en les battant? Certains parents se défoulent sur leurs progénitures à la moindre bêtise et ne se sentent pas de rendre des comptes parce que c’est leur « propriété ». Dans bien des cas, une simple  punition aurait suffit ou une conversation pour essayer de comprendre les agissements du fauteur.

Tout enfant est censé être protégé, éduqué et être pris en charge par ses parents. Cependant, nombreux d’entre eux  se retrouvent à quémander dans les rues ou deviennent des commerçants ambulants pour subvenir à leurs besoins. L’idéal serait que toute personne ait son premier emploi à 18 ans et qu’elle puisse profiter pleinement de son enfance. Toutefois, selon les pays, la loi permet que des adolescents entre 14 et 17 ans travaillent, si certaines conditions sont respectées. Le mineur ne peut travailler sans autorisation parentale, ni  effectuer un travail  de nuit qui l’empêcherait d’aller à l’école, ou qui serait éprouvant physiquement. Faire travailler son enfant avant l’âge légal relève de l’exploitation financière: il n’est pas censé être une source de revenu.

La maltraitance psychologique n’est pas en reste, contrairement à celle physique, on peut en souffrir toute la vie ce qui la rend encore plus dangereuse. Pendant les accès de colère, certaines phrases se logent dans un coin de la tête de l’enfant et façonnent erronément son auto estime: “Ngue ke vrai zoba*”, “tu ne fais jamais rien de bon”, “tu ne vaux rien”. Ce sont des paroles dévalorisantes parfois prononcées avec une facilité déconcertante quand la personne à qui elles sont destinées vous prend pour modèle. Les sévices psychologiques sont les plus difficiles à déceler. Un enfant subissant des brûlures sur certaines parties du corps est facilement détectable contrairement à  celui qui a été témoin d’une personne adulte se masturbant face à lui. Ici, sa psychologie est atteinte, son innocence est violée. Certains matérialisent ce traumatisme en posant des actes qui représentent des signaux d’alerte (propension à commettre des violences, addiction aux drogues etc). D’autres par contre se renferment et n’osent pas appeler au secours.

L’on parle de maltraitance sexuelle quand un enfant participe à des activités sexuelles inappropriées pour son âge et sans en comprendre le réel sens. Son implication dans lesdites activités est souvent conditionnée par la contrainte, la violence ou la séduction. En Afrique de l’ouest et en Afrique centrale, depuis 2016, plus de 2200 jeunes sont victimes de violences sexuelles. Dans bien des cas, le coupable est un membre même de la famille ou de l’entourage. Parmi ces abus on peut citer des caresses, des attouchements des parties intimes et le viol avec pénétration. Pour éviter cela, il faut favoriser la communication sur le sujet, expliquer quelles parties du corps doivent être considérées intimes. Il est nécessaire de préciser qu’en aucun cas il est approprié que quelqu’un d’autre les touche ou demande de toucher les leurs. Il faut enseigner très tôt à son petit (cinq ans selon les spécialistes) quelques astuces pour réagir face aux gestes déplacés. Parmi lesquelles, on retrouve des phrases telles que: “si quelqu’un te touche le minou tu dois crier, appeler à l’aide”, “personne n’a le droit de t’embrasser sur la bouche”, “ si un tonton ou une tantie te demande de lui toucher le minou ou la zézette faut me le dire”. Il serait tout de même préférable d’appeler les organes génitaux par leur nom pour ne pas créer un sentiment de honte autour, il ne devrait rien avoir de tabou à dire vagin ou pénis. Créer un rapport de confiance avec son fils ou sa fille est fondamental, il/elle doit pouvoir tout dire à ses parents sans honte ou tabou.

Tous ces sévices ont des conséquences désastreuses sur les plus jeunes. Un enfant maltraité ne se sent pas aimé et est plus exposé au risque de vivre une dépression. Dans la recherche désespérée d’affection et d’acceptation, il pourrait se laisser séduire par des compagnies douteuses et adopter des comportements sexuels à risque tels que des rapports  non protégés, en groupe ou pratiqués sous l’effet des drogues, pouvant conduire aux maladies sexuellement transmissibles ou grossesses non désirées. Aussi l’enfant pourrait à son tour devenir violent et sombrer dans la délinquance juvénile. Ces violences peuvent entrainer avec le temps de graves préjudices pour leur développement avec des répercussions à long terme. Il est donc véritablement essentiel de comprendre ce phénomène, de pouvoir le détecter dès le départ afin de l’enrayer sous toutes ses formes.

La société a une grande part de responsabilité dans la non dénonciation de ces crimes, trop de choses sont considérées tabous et tues pour protéger un sacro saint équilibre familial qui ne profite qu’aux plus forts. Un enfant qui se plaint d’être maltraité par ses propres parents sera considéré comme « gâté » car c’est normal que ces derniers le corrigent. Quand la maltraitance est avérée, les coupables sont rarement dénoncés, au pire on fait une réunion de famille pour les “conseiller”.

Plusieurs choses peuvent être accomplies pour combattre la maltraitance infantile. Il est évident qu’un gosse a besoin d’un guide pour devenir une bonne personne et cela ne peut se faire si on ne lui montre pas où sont les limites. Néanmoins, le dialogue est fondamental. Il est important de lui expliquer pourquoi telle chose ne doit pas être faite et le punir seulement s’il persiste à aller dans cette direction. Les punitions doivent être éducatives et proportionnelles à l’acte. Il faut veiller à ne pas se laisser influencer par ses propres problèmes et tomber dans le piège de passer ses nerfs sur le/la petit.e. L’isolement par exemple lui fait comprendre que pour bien vivre en société, il faut respecter les règles sinon on est mis à l’écart. Quelque soit la punition qu’on inflige à son enfant, il ne doit jamais douter du fait d’être aimé. On peut corriger son attitude tout en continuant de poser des actes affectifs à son égard.

L’amour des parents est un élément important dans la construction de l’auto estime d’un individu.
On peut ne pas apprécier la personnalité de cet être sorti de soi, mais on se doit de l’accepter et de l’aimer avec ses imperfections. Beaucoup de parents oublient qu’aucun bébé n’est venu frapper à leur porte pour naître. Devenir père/mère c’est garantir à sa progéniture la stabilité émotionnelle, physique, financière mais aussi du respect. Un enfant n’est pas un bien dont on peut disposer, mais un être humain qu’il faut accompagner jusqu’à ce qu’il prenne son envol.

Étant le futur de la société, des enfants heureux et épanouis garantissent une communauté saine et équilibrée.

Christie et Jenny.

*Ngue ke vrai zoba: tu n’es qu’un idiot

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