UN BRIN DE FOLIE

 La colère est une courte folie- Horace.  

Cette citation d’Horace résonne encore dans ma tête. Voyez-vous je suis colérique. Il n’existe point trait de mon caractère que je déteste plus! Tout au long de ma vie, j’ai vu les répercussions que cette étiquette pouvait avoir sur les personnes qui la possèdent. Pour moi, c’est comme avoir “red flag” écrit sur le front, raison pour laquelle je travaille continuellement en vue de tenir en cage ce monstre. A travers cet article, j’aimerais m’adresser à ceux qui se sentent impuissants face à leur colère, leur faire savoir qu’ils ne sont pas seuls, essayer de donner des pistes de solutions pour la dompter, puis, à plus petite échelle, aider les personnes non concernées à mieux la comprendre.

Globalement, la colère se définit comme un état émotionnel violent et momentané, accompagné de réactions brutales. Une personne colérique est fréquemment encline à l’emportement. La colère n’est pas un sentiment qu’on acquiert en grandissant, on naît avec. Il est normal de l’éprouver de temps à autre, seulement, elle devient un problème lorsqu’elle est fréquente, quand elle nous contrôle.

Quand un homme est triste, il ne fait rien pour changer sa condition. Quand il est  en colère, il agit pour le  changement- Malcom X

La colère est une émotion naturelle et  “saine’’, elle peut être révélatrice d’un changement dans son environnement. Il est donc essentiel de l’écouter. Aujourd’hui encore, bien que je fasse tout pour ne pas la laisser exploser à tout bout de champ, dans certaines circonstances, elle reste un moyen que j’ai de constater mes limites et de les faire savoir aux autres. Lorsque quelque chose ne va pas, ou, si je subis une quelconque injustice, j’évite d’accumuler et tout garder pour moi car cela me frustre encore plus. Dans ces cas-là, ma colère est un signe de rébellion qui peut entraîner des changements positifs et aider à réduire les mauvais traitements dont je fais l’objet. Lorsque je l’exprime de manière constructive, la colère peut être appropriée et m’aide à me faire respecter. En adoptant cette attitude, je me sens ‘’in control’’, responsable et actrice de ma vie.

Les effets de la colère sont beaucoup plus graves que les causes- Marc-Aurèle

Lorsque la colère est exprimée de manière négative et incontrôlée, les actes posés pendant ces courts moments de folie peuvent causer beaucoup de dégâts et avoir des effets néfastes sur les autres et sur sa propre santé. 

Il a été démontré qu’une personne constamment énervée s’expose aux ulcères et a tendance à avoir plus de maladies cardio-vasculaires. En effet, cela provoque une augmentation de certaines hormones dont l’adrénaline, ce qui cause une altération de l’équilibre de l’organisme et peut éventuellement mener à des crises cardiaques ou à des troubles cérébraux. 

La vie sociale d’une personne qui s’énerve souvent est impactée car elle détruit l’harmonie des relations. L’entourage qui subit les accès fréquents de colère à la longue se lasse, ce qui aura pour conséquence d’isoler le colérique ou, pire, de pousser les autres à être hypocrites avec lui. Je me souviens de cette personne chère à mon cœur, à qui on ne disait jamais rien parce que tout le monde avait peur qu’elle le prenne mal ou qu’elle comprenne de travers. À l’époque, alors que je n’étais qu’une enfant, je m’étais déjà  faite la réflexion que je ferai tout pour ne pas être ce genre de personne, de telle sorte que les gens puissent être honnêtes et sincères avec moi. Je suis de l’avis qu’il est fondamental que mon entourage puisse me parler franchement, sans se sentir inconfortable à l’idée d’aborder certains sujets ou même exprimer des critiques constructives. Je pense que dans le cas contraire l’estime et le respect qu’ils ont de moi seront fragilisés.

Au fil du temps, je me suis aussi rendue compte que la colère obscurcit le jugement, occasionnant ainsi une perte de lucidité. Dans ces moments-là, on peut avoir l’impression que le monde entier est contre soi, que personne ne nous comprend. On met de côté la raison, qui est celle qui nous indique ce qui est juste ou pas. Si, au lieu de la combattre on s’y conforte, on tend à ne pas être ”honnête”, guidé par le désir d’imposer ce qu’on considère comme juste sur le moment.  

Une raison un peu plus superficielle pour combattre sa rage est l’aspect esthétique. Avez-vous déjà vu une personne en colère avec un visage agréable à regarder? Celui-ci se décompose et les traits  deviennent effrayants et disgracieux. La colère enlaidit! Rires

Agir en colère c’est comme s’embarquer dans une tempête. Cela détruit ce qu’on a construit- Caroline Luisier

On peut hériter de certains défauts ou avoir vécu des expériences qui nous ont laissé des séquelles. Cependant, j’estime que toute personne se sachant colérique devrait se donner pour mission d’apprendre à canaliser et dompter cet état d’esprit. Pendant ces instants d’égarement, il arrive de dire ou faire des choses très blessantes. On perd pied, on vit dans un monde illusoire où la gravité de la situation est accentuée et la capacité à la résoudre réduite.

Pour dompter sa frustration, il faut commencer par s’avouer qu’on en ressent et ensuite en comprendre la réelle cause. Le plus souvent elle n’est que la  pointe de l’iceberg, engendrée par des sentiments comme la peur, la honte, la culpabilité ou le doute. La laisser éclater ne résoudra aucun de ces sentiments sinon les camoufler. Bien au contraire, plus nous sommes en colère, moins nous la contrôlons, ce qui fait qu’elle s’intensifie. 

En vue de la contrôler, il peut être utile d’apprendre à reconnaître les signes physiques nous indiquant qu’on est sur le point de perdre son sang froid pour éviter l’explosion. En les identifiant, on peut désamorcer la bombe. Selon les individus, on observe des nœuds au niveau de l’estomac, une respiration rapide, une sensation de chaleur, des poings et des mâchoires serrés etc Dans ces cas-là il est conseillé de respirer lentement, de compter mentalement avant de parler ou agir. 

Lorsqu’on sent que son esprit s’échauffe,  il faut éviter les mots et expressions qui déclenchent et alimentent la colère. Des phrases comme: “Jamais tu ne m’écoutes’’, “Personne ne me comprend’’, “Tu me critiques toujours” sont une manière de généraliser les choses qui accroît un sentiment d’injustice, parfois inexistant. Se conforter dans la peau de victime peut être plaisant mais complètement inutile car on perd son objectivité et ne résout pas le véritable problème.

Pour mieux combattre ce monstre, il est aussi nécessaire de déconstruire certaines idées reçues qui nous encouragent dans la bêtise. Je pense notamment au fait de penser que ce sont les autres qui sont responsables de notre colère par leurs actions et de ce fait, normaliser qu’on s’attaque à ce que l’on considère comme la source de notre irritation. En réalité elle est créée en nous et par nous en fonction de notre caractère, nos valeurs, notre vision de la vie. Par exemple, dans ma famille on a un sens du respect très drastique, il est mal vu de corriger un aîné en public, dans un autre cercle familial ce sera vu comme de la liberté d’expression. Si quelqu’un de moins âgé que moi, extérieur à ma famille, me réprimande en public, je ne peux penser que me fâcher soit justifié, car nous n’avons pas les mêmes codes moraux. Il est de ma responsabilité de partager mon ressenti par rapport à cette attitude et si aucun compromis n’est trouvé, de faire en sorte de ne plus me retrouver dans une situation pour moi désagréable. 

Tout adulte devrait être capable d’exprimer ses désirs ou opinions, calmement avec des mots sans avoir recours à des cris ou hausser la voix. Analysons nos blessures les plus profondes et traitons-les dans le temps pour qu’elles ne nous submergent pas à la première occasion. Lorsque la source de notre frustration est un acte répétitif posé par un proche, mon conseil c’est de ne jamais laisser couver un ressentiment et communiquer avec le/la concerné.e. Si l’autre partie est provocatrice et non conciliante, n’ayez pas honte de “fuir”: il vaut mieux cela plutôt que de céder à ses pulsions et se compromettre. 

La colère est un brin de folie, ne la laissons pas nous consumer.

 Jenny, la  fille de Pointe-Noire.

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4 commentaires sur “UN BRIN DE FOLIE”

  1. Tout adulte devrait être capable d’exprimer ses désirs ou opinions, calmement avec des mots sans avoir recours à des cris ou hausser la voix. Analysons nos blessures les plus profondes et traitons-les dans le temps pour qu’elles ne nous submergent pas à la première occasion. Lorsque la source de notre frustration est un acte répétitif posé par un proche, mon conseil c’est de ne jamais laisser couver un ressentiment et communiquer avec le/la concerné.e.

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