Lettre aux enfants brisés

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« Est dite victime toute personne qui a subi un préjudice corporel, matériel, ou moral »

J’ai choisi de mettre des mots sur ce qui me hante, j’ai décidé d’écrire ce texte car je veux aller de l’avant, oublier, guérir…

Je traîne avec moi des blessures du passé et à force de les occulter je n’en guéris pas. Aujourd’hui je décide de tirer un trait sur ce passé, ces évènements douloureux. Je ne veux plus être cette personne meurtrie au plus profond d’elle, obligée de sourire pour qu’on ne lui pose pas de questions, je ne veux plus faire semblant de vivre.

Alors pourquoi aujourd’hui ? Eh bien parce que dans une semaine ça fera exactement cinq ans jour pour jour que je vis ma vie d’adulte loin des principaux acteurs du drame de ma vie, oui comme vous l’aurez deviné il s’agit bien évidemment de mes parents… 

Et si on commençait par mon enfance ? Je suis née dans une petite famille, nous étions quatre: mes parents, ma sœur et moi. Nous n’étions pas riches mais nous ne manquions de rien. Mes parents ont toujours été des parents aimants et dévoués (un papa poule et une maman poule). Maintenant que je dissocie les parents du couple, je réalise qu’ils n’ont jamais témoigné de l’amour et de la tendresse l’un envers l’autre. Mais toza ba congolais, tolingana  na miso ya bato té. Il est important de souligner que ma mère était un membre hautement décoré du FC KANGA MOTEMA alias libala eza passi. A mon sens, cette période n’a pas été la plus difficile de ma vie car je ne garde pas beaucoup de beaux souvenirs de cette époque. Mais j’ai tout de même des flashs des violentes disputes de mes parents. C’était fréquent. Papa allait fréquemment en mission dans les villes voisines et je me souviens ses retours de missions et des indices de l’existence de cette autre femme. Maman était en furie chaque fois qu’il rentrait et j’appréhendais ces moments-là.

Je sais qu’à cette époque, ils se séparaient souvent et que moi je partais avec Maman. C’est triste de se l’avouer mais je crois que déjà à cette époque j’aurais choisi Maman.  C’était lui le mari infidèle et Maman était la victime. Du moins, c’est elle qui pleurait souvent. En grandissant j’ai appris qu’elle n’était pas toujours une victime car elle pouvait faire preuve d’une vraie violence verbale et que quelque part Papa aussi était une victime.  OUI, les mots blessent et ne s’oublient pas.

Je sais aujourd’hui que ma sœur et moi étions aussi des victimes. Nous sommes des victimes car nos parents auraient pu nous éviter d’être témoins de tous leurs drames conjugaux. J’aurais préféré ne rien savoir. Ils ont détruit mon univers d’enfant. Nous étions malheureusement le nerf de la guerre et chacun d’eux s’est servi de nous pour présenter l’autre comme l’oppresseur.

J’ai parfois eu du mal avec ce statut de victime car aujourd’hui encore ma mère refuse de le reconnaître. Elle m’accuse de m’être appropriée un drame qui n’était pas le mien et j’ai longtemps voulu qu’elle reconnaisse qu’elle et mon père nous avaient causé un préjudice. Mais aujourd’hui je n’ai plus besoin qu’elle me l’accorde et je n’ai pas honte de me considérer comme victime car l’acceptation de ce statut a été le premier pas vers ma guérison et ma reconstruction.

Alors si vous avez construit votre identité dans un foyer toxique, n’ayez pas honte de vous considérer comme victime du drame conjugal de vos parents. Mais surtout vous ne serez pas éternellement une victime, un seul pas suffit pour la reconstruction de votre identité.

Anonyme.