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CONTRÔLE CONTINU

Source image: Dr Lauren Squires

Cette année, après plusieurs mois passés à repousser les échéances, j’ai enfin pris la décision de prendre certains aspects de ma santé au sérieux. Non que je ne sois pas consciente qu’il faut un suivi régulier mais plutôt que les humains, nous avons tendance à ignorer des soucis tant que ceux-ci ne deviennent pas de vrais problèmes. Une douleur passagère bien qu’insistante est très vite oubliée tant qu’elle n’est pas récurrente et handicapante.

Lorsqu’on parle de prendre soin de sa santé, la prévention est la règle d’or. Il ne faut pas attendre de souffrir pour consulter mais plutôt être à l’affût de tout symptôme. Pour ma part, j’ai longtemps ignoré le fait que les caries développées en adolescence devaient être traitées. Elles n’étaient point douloureuses donc ne m’indisposaient pas… Jusqu’au jour où elles décidèrent de jouer du violon! Je me retenais de pleurer tellement la douleur était intense. En quelques heures, je prenais mon premier rendez-vous avec une dentiste depuis 2015. Dans la foulée, je décidais de sauter le pas et consulter un généraliste mais aussi un gynécologue.

Cet épisode dentaire était un rappel qu’il est primordial de prendre soin de sa santé physique. Par contre, il n’a pas manqué de me rappeler aussi pourquoi il était difficile pour tous de le faire correctement.

Prendre soin de soi et de sa santé physique est un exercice continu. Il nécessite de relever en permanence les changements qui s’opèrent dans notre corps et pouvoir le reporter ou le garder en mémoire. Ceci constitue en réalité une partie du travail du généraliste aussi appelé médecin traitant. Dans plusieurs pays, il est exigé à chaque personne d’avoir un généraliste. Celui-ci permet d’établir le premier contact d’un individu avec le système de santé. Il est apte à traiter les maladies communes et à exercer les opérations générales puis lorsque jugé nécessaire, il peut recommander son patient vers un spécialiste. C’est là, à mon avis que réside le vrai pouvoir du généraliste, dans le fait qu’il connaisse son patient depuis des années, qu’il amasse des données sur celui-ci, le tout lui permettant de déceler les changements même les plus subtils. Il saura reconnaître les indices qui pour nous n’en sont pas. Par exemple, un généraliste sera plus apte à identifier les signes précurseurs d’un cancer chez une personne souffrante plutôt qu’un médecin consulté une fois toutes les éclipses solaires. Cela est fait grâce à sa connaissance intime du dossier médical du concerné.

Un dossier médical, qu’il soit numérique ou pas, contient les informations concernant la santé d’un.e patient.e y compris ses antécédents. Il comporte les données relatant les résultats des tests, les traitements, les dates de vaccination, chirurgie etc. Avec le développement du numérique, on parle de plus en plus de dossier médical informatisé (DMI). On comprend ainsi que conserver un historique détaillé des événements qui ont attrait à notre santé est important car celui-ci peut permettre de retracer l’évolution d’une ou de plusieurs maladies. Dans un article précédent, je faisais état du fait qu’il est tout aussi important de construire l’arbre généalogique des maladies familiales, cela est aussi fait par un médecin traitant. Tout ceci contribue à aider le corps médical à poser de meilleurs diagnostics, de façon à nous soigner de la manière la plus appropriée et adaptée.

Dans certains pays, comme le Congo ou plusieurs pays dits émergents, il n’est pas commun d’avoir un médecin traitant. Les raisons sont diverses, parfois culturelles, parfois financières. Cependant, les conséquences sont réelles et dramatiques. Des maladies sont diagnostiquées très tard et  trop souvent lorsque le pronostic vital est déjà engagé. En ce qui me concerne, je n’ai pas besoin de chercher très longtemps pour trouver un exemple: mon père est un cas d’école. Il a présenté pendant des années des symptômes qui présageaient un cancer du foie. Parce qu’il n’avait pas de généraliste attitré, les symptômes ont été traités séparément par différents professionnels de santé et ce n’est qu’une fois la maladie en stade terminal que nous nous sommes rendus compte que le cancer se développait lentement et sûrement sous nos yeux.  Alors que pouvons-nous faire à l’échelle de l’individu lorsque nous n’avons pas de médecin traitant? Aussi, lorsqu’il est possible d’en avoir, comment peut-on choisir celui/celle qui nous convient?

En soi, un dossier médical est un journal de notre santé. Il est ainsi possible pour chacun de nous, grâce aux outils informatiques de monter une version informelle mais assez informative. Il faut pour cela trouver sa méthodologie. 

Par exemple, créer un dossier sur Google drive contenant:

1- Une feuille excel détaillant nos différents rendez-vous avec les professionnels de santé (date, raisons de consultations, nom, spécialité et lieu de travail du professionnel, commentaires et remarques du professionnel, examens prescrits, médicaments prescrits).

2- Une feuille excel détaillant nos informations de santé basique avec suivi régulier (nom, date de naissance, taille, poids, groupe sanguin, allergies médicamenteuses ou autre, maladies chroniques, liste des médicaments pris régulièrement, antécédents familiaux, corrections des lunettes, etc).

3- Un document word faisant fit de notre journal sanitaire. Il arrive parfois de développer des symptômes qui disparaissent sans traitement. Ils peuvent ne rien dire tout comme ils peuvent être précurseurs de plus grands dangers. Je recommande de prendre des photos le plus souvent possible car les photos sont plus parlantes que nos souvenirs.

4- Un dossier avec tous nos résultats d’examens scannés et datés.

5- Un fichier qui reporte les dates de nos derniers rapports sexuels protégés ou pas, surtout lorsque les partenaires sont multiples. Cela peut très vite s’avérer utile lorsqu’une infection sexuellement transmissible est diagnostiquée. À cela documenter la méthode contraceptive utilisée ainsi que les effets secondaires qui viennent avec. 

6- Pour les personnes qui ont des règles, un fichier excel détaillant les dates des dernières règles, leur flow, la durée du cycle, les douleurs et leur intensité durant le cycle etc. Ces informations permettent de reconnaître des motifs/signes et sont les premières choses que demandent un gynécologue. Il y a de plus en plus d’applications qui permettent de le faire .

Assurez-vous que ce dossier est privé et que vous seul y avez accès car les informations contenues sont extrêmement sensibles. Le plus important est de le mettre à jour afin d’être au taquet lors de votre prochaine visite médicale.  Il faut se rappeler que les médecins ne sont pas des magiciens, ils ne peuvent pas deviner ce qu’a un patient. Un diagnostic est établi sur la base d’observations (symptômes observés ou rapportés par le patient) mais aussi de résultats et bilans divers. Par exemple, pour diagnostiquer un paludisme, une goutte épaisse est toujours demandée. Le plus d’informations vous avez, le mieux c’est pour votre médecin.

Savoir quoi dire à son praticien est une chose, avoir un médecin qui nous écoute ou qui fait attention à nos sensibilités en est une autre. Il arrive qu’on ait la volonté de suivre les recommandations sanitaires et de consulter à la moindre opportunité et que cette volonté soit écrasée, piétinée et minimisée par les professionnels de santé eux-même.

Lors d’une discussion avec une amie, elle me raconta comment elle s’était sentie bafouée par un gynécologue. Elle avait trouvé ses actes déplacés, intrusifs et pas nécessaires. De plus, il avait été cru dans sa manière de lui annoncer sa possible maladie. Pour résultat, elle est sortie de la consultation traumatisée, effrayée des hôpitaux et des cliniques. Ce qui est totalement compréhensible.

Je ne vais pas vous dire que tous les médecins sont des anges ou qu’ils se valent. Je vais juste rappeler que c’est un métier pratiqué par des êtres humains et dans tous les corps de métiers, on retrouve une diversité de caractères dont découlent des comportements plus ou moins plaisants. En gros, il faut choisir son praticien comme on choisit sa coiffeuse, son  tailleur, son partenaire de vie ou son psychologue. Définir les critères qui nous sont importants en se posant une série de questions: homme ou femme? Quelle est sa méthodologie? Le patient est-il infantilisé ou est-il considéré comme partenaire dans la gestion de sa santé? 

Pour revenir à mes dents, mon premier rendez-vous avec ma dentiste s’est très mal passé. À la vue de mes caries, elle avait établi un plan d’attaque en plusieurs séances qu’elle ne partagea pas avec moi. De plus, elle ne m’écoutait pas lorsque je disais avoir mal. Je suis sortie de là avec une dent en moins et les larmes aux yeux, décidée de consulter ailleurs. Néanmoins, je retournais la voir quelques jours plus tard et prenais le temps de lui expliquer (sans la culpabiliser) que j’apprécierais qu’elle me détaille les différentes étapes prévues, ce qu’elle fit. Cette action me mit en confiance et depuis je ne jure que par elle.

Dans le choix de son praticien, pour moi, il est important d’être confortable. Vous devez être capable de vous mettre à nu dans le sens littéral comme figuré sans vous sentir jugé.e. C’est la première étape afin d’être en communion avec son corps, les changements qui s’opèrent et le corps médical. Cela facilite les visites et contribue à réduire la peur que certains peuvent avoir des hôpitaux.

Sylvia.

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