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GENÈSE 2:18 

Source photo : Godisable Jacob pour pexels

J’ai eu l’idée de rédiger cet article en observant le personnage de Lalla dans la série Maîtresse d’un homme marié. Lalla est l’épouse parfaite.
Issue d’une famille digne et ayant reçu une bonne éducation, elle fait tout pour rendre heureux son mari. Elle est douce, elle fait de bons petits plats, elle s’occupe bien de sa fille et elle est généreuse avec sa belle-famille. Bien qu’elle travaille, elle ne met pas en avant le fait qu’elle puisse s’occuper d’elle toute seule. Elle s’efface pour son mari.

Avec l’infidélité de son conjoint et le fait qu’elle ait désormais une rivale, Lalla tombe en dépression et perd ses repères. Elle manque de confiance en elle et devient agressive voire manipulatrice. Elle va jusqu’à faire du mal à sa co-épouse pour être sûre de garder son homme. À aucun moment, elle ne pense qu’elle doit exiger le respect de la part de son époux ou qu’il doit être tenu pour responsable de ce qui se passe. Elle se sent inconsciemment responsable de l’avenir de leur couple et fait tout pour le sauver.

Lorsqu’elle en a enfin marre et qu’elle décide de s’en aller, on la voit douter d’elle-même et tâtonner dans son nouveau rôle de mère célibataire. L’absence de son mari a créé un vide dans sa vie, un vide que je la soupçonne d’avoir toujours entretenu pour pouvoir faire de la place à son époux.

En observant ce personnage, j’ai reconnu plusieurs femmes de mon entourage. Celles que j’appelle affectueusement les “smartphones”. Je les définis comme des personnes qui ont pour but dans la vie d’être de bonnes épouses sans penser à s’accomplir en tant que femmes.

Cette mentalité vient de notre éducation. Bon nombre d’entre nous avons été élevées pour devenir des smartphones. On nous apprend à tenir un foyer, à satisfaire son époux au lit et à s’effacer pour le laisser exister. Le pire dans tout cela, c’est que nous ne sommes même pas préparées au meilleur des hommes car on nous apprend à subir égo fragile, infidélité, manque de respect, saleté etc… On va jusqu’à nous donner des astuces pour serrer nos vagins et pouvoir satisfaire le plus petit des pénis.

“Au lycée, un de mes enseignants m’a dit que c’était bien d’être brillante mais il fallait que je le sois moins à l’université pour ne pas intimider les époux potentiels.”  Marion

Au lieu d’être encouragées à être nous-mêmes et à exiger un partenaire qui nous aime telles que nous sommes; comme des smartphones, nous sommes paramétrées de sorte à convenir à un maximum d’utilisateurs qu’ils soient qualifiés ou pas.

“Nous avions une ménagère à domicile. Dès que j’ai eu 11 ou 12 ans, la ménagère a arrêté de laver mes vêtements pour que je le fasse moi-même. Le weekend et les soirs, la vaisselle était ma tâche.

J’étais la compagne attitrée de maman pour sillonner le marché Total. Ce n’était pas vu comme une activité de bonding* mais plutôt comme un entraînement.” Sylvia

Bien que je combatte cela avec conviction, je ne suis pas épargnée par la mentalité du smartphone. Celle qui te pousse à toujours te montrer convenable ou “mariable”, celle qui te fait douter de ta capacité à garder un homme, celle qui te fait compter tes partenaires sexuels en cachette pour être sûre de ne pas être assimilée à une pute. J’ai été éduquée pour devenir un smartphone et ce n’est pas facile de s’en détacher.

Cette pensée n’est pas seulement conduite par notre éducation, tout autour de nous contribue à graver ce que nos parents ont commencé à écrire dans nos cerveaux. Cela passe par les discours de l’entourage jusqu’à ceux des médias.

“On m’a toujours dit que mon petit-frère était le chef de famille et que de ce fait, toutes les habitudes acquises, mon autorité sur mes frères et mes prises de position ne serviraient à rien dans le futur. Cela ne venait pas de mes parents mais des personnes qui nous rendaient visite. Cela pour dire que même lorsque nos parents ne nous descendent pas et ne détruisent pas nos aspirations, des personnes qui ont un accès direct à notre personne, à notre éducation, au sein de notre maison qui est un endroit “safe” peuvent aussi le faire.” Sylvia

On se souvient des séries novelas dans notre enfance où l’héroïne était amoureuse d’un Monsieur, qui voguait entre ses go pendant tout le film. Le gars pouvait même coucher avec sa propre mère mais l’héroïne alias mama boboto reine  mère du club kanga motema, pardonnait tout et ils se réconciliaient à la fin. La littérature ne restait pas en marge avec des histoires comme celle du commerçant failli dans Les Chroniques Congolaises de Jean Baptiste Tati-Loutard.

Un autre élément important dans l’éducation d’une épouse est la religion ainsi que le système de croyances auquel nous nous soumettons. Selon qu’on soit chrétienne, musulmane ou adepte de la spiritualité traditionnelle africaine, la société patriarcale dans laquelle nous vivons trouve le moyen de dicter une conduite à la femme pour qu’elle soit mariable. Cela ne s’arrête pas au conditionnement mental, ça peut aller encore plus loin avec des pratiques comme les mutilations génitales qui permettent de préparer une fille à son union avant même qu’elle ne soit en mesure d’en rêver.

Tout cela a pour conséquence le fait que très peu d’entre nous ont pour objectif de se réaliser et de devenir des personnes accomplies. On nous a appris à être de bonnes épouses, pas de bonnes personnes. Ainsi, comme Lalla, lorsque notre capacité à retenir un homme est remise en cause, nous ressentons un sentiment de non accomplissement.

“J’ai beaucoup manqué  d’assurance en tant que ‘’femme’’ étant adolescente parce que j’estimais que je ne cochais pas les cases de la bonne épouse. “ Jenny.

Être éduquée à devenir un smarphone a des conséquences sur  la perception que la femme a d’elle-même et du mariage. Cela déséquilibre les relations entre les sexes. L’homme qui est préparé à être un pourvoyeur dans son foyer, va uniquement apprendre à gagner de l’argent. Il ne se soucie pas des besoins de sa partenaire, il n’apprend pas à la satisfaire ni à prendre soin de leurs enfants. Ainsi, la femme est au service de sa famille et ne pense pas à sa personne. Dans le meilleur des cas, elle tombe sur un époux, un “maître” bienveillant qui la récompensera de sa soumission. Dans le pire, elle tombera sur un petit-fils de Satan qui lui fera subir toutes sortes de violences.

Le smartphone n’est qu’un outil pour son maître, il ne peut pas se rebeller face aux mauvais traitements et ne sait pas fonctionner sans qu’on ait besoin de lui. Cela est clairement décrit dans l’histoire de Lalla mais aussi dans celles des autres smartphones qu’on voit autour de nous.

Heureusement, toutes les familles n’élèvent pas leurs filles dans le seul but qu’elles deviennent des épouses. Certains parents, ayant compris les dangers de cette éducation ont choisi d’agir différemment : 

“Ma mère a essayé de faire de moi une bonne épouse mais mon père s’en foutait. Quand il fallait apprendre à cuisiner ou faire le ménage, il lui disait que je n’en aurais pas besoin parce que j’aurais assez d’argent pour avoir des domestiques. Toute mon éducation a été faite autour des études.” Exau

“Dieu merci j’ai des parents très compréhensifs. Je n’ai jamais été forcée à faire les tâches ménagères, de surcroît depuis que je suis née nous avions eu  des aides ménagères à la maison .” Christie

“On ne m’a pas élevé dans le but que je sois une épouse et mes parents ont souvent été critiqués pour cela. Mon éducation s’est concentrée sur mes études.” Marion

Mes parents ont essayé de faire de moi un smartphone, ils m’ont placé à l’école, m’ont appris à tenir un foyer et à être patiente. À chaque fois que je me rebellais lorsque j’étais petite, on me disait “toi on va venir rembourser ta dot, une femme ne se comporte pas comme ça”. Je ne sais pas quel a été le déclic mais j’ai toujours eu un sentiment d’injustice. Très tôt, j’ai détesté le fait qu’on me regarde à travers le prisme d’un potentiel mariage. Je refusais qu’on me juge en fonction de ce qu’un homme qu’on ne connaît pas encore pensera de moi.

Je n’ai pas eu une éducation des plus égalitaires et tout autour de moi me conduisait à devenir un smartphone. Cependant, j’ai décidé d’être différente. J’ai choisi de vivre ma vie telle que je la conçois et de me construire en tant que femme et non en tant qu’épouse. Comme moi, plusieurs de mes semblables essaient de casser les codes. Nous nous rebellons contre les normes sociales. Cela ne sert pas seulement à améliorer notre propre vie mais en faisant cela, nous contribuons à améliorer l’expérience des plus jeunes.

“Je suis née et j’ai grandi au Congo. La conception des tâches domestiques est culturellement dédiée aux filles/femmes. Ma mère, la bonne dame, se tournait naturellement vers moi pour les tâches ménagères. Mes frères (des grands et un petit frère, j’étais la seule fille) ont voulu ramener un genre de règne dont ils étaient les princes et moi leur servante. Je vous assure que cela n’a pas duré longtemps, j’ai mené une révolution là, imaginez seulement. Après, chacun avait ses tâches dédiées le week-end pour le bonheur de la dictatrice que je suis. Mais je dois vous avouer que je faisais quand même plus que ces escrocs.” Anges

“À une certaine époque, je voulais des kitos mais ces sandales étaient associées aux hommes donc ma mère avait dit non. J’ai fait plein de bruit et finalement on me les a achetées. Depuis ce moment, j’ai toujours fait du bruit pour ce que je voulais pour gagner la guerre avant de commencer une quelconque bataille.” Sylvia

“Je ne suis pas « mariable » (rires). Dans la conception traditionnelle du mariage (femme soumise qui sert son roi, son tendre époux), je ne pense pas être une bonne épouse et je ne veux pas l’être. Plus sérieusement, je pense être une bonne femme pour l’homme que je vais épouser parce nous nous choisirons sur la base de nos valeurs communes.” Marion

Dans Genèse 2:18, la Bible déclare : “L’Eternel Dieu dit: Il n’est pas bon que l’homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui.” Apprenons à nous libérer du statut de conjointe. Une femme n’est pas seulement une aide pour un homme, elle est d’abord son semblable et doit être traitée comme tel.

Estia.

*Bonding : activités pour mieux se connaître et se rapprocher.

4 commentaires sur “GENÈSE 2:18 ”

  1. Franchement il n’y a que la rébellion en quelque sorte pour nous faire sortir de là mais surtout en changeant ces codes arrivons jusqu’au bout

    1. La prise de conscience collective aussi. Les hommes devrait reconnaître leurs privilèges et apprendre à abondoner certains. Dur dur…

  2. Il est temps que nous la génération d’aujourd’hui puissions briser ces codes pour les générations futures. J’ai grandi dans une famille où mon père et ses frères mettaient en avant que les garçons,pour eux c’étaient des garçons qu’on devaient faire avancer à l’école parce que selon eux la fille est destinée à être marié et donc elle ne pouvait ou ne pas réussir.

  3. Une aide semblable on a bien écrit .
    Il n y avait pas de travaux réservés pour X/Y à la maison tout le monde faisait le ménage,la vaisselle et la lessive . On veut aussi des hommes valables …

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