LE SPECTRE SEXUEL

Source image: Àsìkò

“C’est le papa qui détermine le sexe de l’enfant” est une phrase que l’on entend souvent. Une que j’ai sûrement aussi prononcé pour supporter certains arguments et une que j’aimerais désormais faire disparaître, ou du moins nuancer.

La notion selon laquelle le sexe est binaire, n’ayant que deux entités, et que les personnes aux chromosomes sexuels XX sont de sexe féminin et que celles possédant XY sont de sexe masculin n’est qu’un raccourci éducatif. 

En effet, il s’agit là de simplifier les choses pour les rendre accessibles et facilement assimilables. Ensuite, avec le temps, une éducation plus approfondie permet de révéler les subtilités omises pour présenter le concept dans sa globalité. Cependant, tout le monde ne poursuit pas des études de biologie à l’université et la majorité de la population sort du lycée avec la notion erronée que le sexe est binaire. 

Qu’est-ce qu’on apprend à l’école?

Dans le système scolaire, nous apprenons que les êtres humains possèdent deux chromosomes sexuels (1) puis que le sexe physique est déterminé par le chromosome Y du géniteur (2).

Ces deux affirmations sont généralement vraies mais la biologie est beaucoup plus complexe que cela. Chaque jour, nous apprenons et découvrons de nouvelles choses. Des concepts biologiques, nous savons énormément mais ignorons encore plus. Rien n’est blanc ni noir. En réalité il y a juste une grande proportion de la population qui correspond au blanc, une autre au noir et une grande variété qui se retrouvent dans les différentes nuances de gris.

Pour simplifier l’apprentissage mais aussi passer des informations scientifiques le plus facilement possible, il est commun de ne mentionner que le plus visible tandis que tout est un spectre à l’image de la lumière blanche qui est une continuité, un ensemble. C’est ainsi que l’on nous martèle tous les jours que les femmes sont XX et les hommes XY alors que c’est plus nuancé que cela.

1-  Les êtres humains possèdent deux chromosomes sexuels

Nous entendons couramment “la maman donne le X et le papa donne le Y”. Cette phrase résume en quelque sorte l’hérédité de notre patrimoine génétique. En biologie, l’ADN, qui compose les chromosomes, est le porteur du matériel génétique, il est le livre de recettes que suit le cuisinier, le livre de loi que suit le juge ou encore le livre de foi que consulte le croyant avant de réaliser sa tâche. 

Chaque être humain hérite d’environ 50% du matériel génétique de chaque parent soit 22 chromosomes plus le chromosome sexuel. 

Les mères portant souvent les chromosomes XX donnent un X tandis que les pères XY peuvent passer un X ou un Y. 

Il existe des conditions médicales dont l’origine est un défaut du nombre de chromosomes. On peut hériter d’un ou de plusieurs chromosomes en plus ou en moins de nos parents. On parle d’aneuploïdie lorsqu’un individu ne possède pas le nombre moyen de chromosomes, il est question d’aneuploïdie par défaut lorsqu’il y a manque et d‘aneuploïdie par excès lorsque le nombre de chromosomes est supérieur. Ces anomalies chromosomiques peuvent être viables c’est-à-dire capables d’aboutir à la vie, ou pas. L’une des plus connues est la Trisomie 21 aussi appelée Syndrome de Down où l’individu reçoit un chromosome 21 de trop de ses parents. Ce qu’on ignore souvent c’est que les aneuploïdies affectent aussi les chromosomes sexuels résultant en une variété de combinaisons en dehors de XX et XY qui peuvent affecter le sexe de l’enfant. On dénote un total de ONZE (11) caryotypes sexuels identifiés chez l’être humain (voir l’image ci-dessous). Certains conduisent au décès de l’individu parfois dans l’utérus. Les plus fréquents sont le Syndrome de Turner où des individus physiquement femmes ne possèdent qu’un chromosome X soit XO et le Syndrome de Klinefelter où des individus physiquement mâles possèdent un chromosome X en trop soit XXY. 

Posséder quelques chromosomes en plus ou en moins n’est pas sans répercussions. Cela peut s’accompagner de problèmes hormonaux, de soucis de développement des organes génitaux,  de caractéristiques physiques sociétalement ambigües, de stérilité et bien d’autres. 

En somme, il est clair que les êtres humains peuvent posséder plus ou moins que deux chromosomes sexuels. Dans le cas d’un individu physiquement féminin XO, il est probable que son sexe n’ait pas été déterminé par son géniteur. Cependant, il faut noter que quelque soit le surplus numéraire de chromosomes, la présence d’un Y conduit souvent au développement de caractéristiques physiques masculines comme des testicules. 

2- Le sexe physique est déterminé par le chromosome Y du géniteur

Notre ADN est comme une bible. Il relate l’histoire des générations avant nous, tout en étant un guide à suivre dans la confection de notre être. 

Ses livres de loi sont appelés des chromosomes et ses versets des gènes. 

Un gène ou une série de gènes codent pour des informations précises de l’être humain tout comme un verset ou un groupe de versets (ne figurant pas dans le même livre) tendent à exhorter sur un sujet convergent.

Aussi, un gène ou une série de gènes coderont pour un trait spécifique comme la forme des narines, le développement de la calvitie, la couleur des yeux ou le développement d’organes génitaux masculins.

Sur le chromosome Y existe un gène appelé SRY pour “Sex-determining Region on Y chromosome”, ce qui signifie “Région sur le chromosome Y qui détermine le sexe”.  Ainsi, lorsqu’on dit que c’est le père qui détermine le sexe de l’enfant, ce qu’on veut vraiment dire c’est que c’est le gène SRY souvent situé sur le chromosome Y donné par le père qui détermine le sexe de l’enfant.

Sans surprise, il arrive que dans certain.es familles/cas, des mutations de SRY existent l’empêchant de fonctionner correctement et résultant en des individus physiquement femmes aux chromosomes XY, ce qui soulève un tollé de controverses dans le monde de l’athlétisme. De même, le gène SRY  peut-être porté sur le chromosome X, ce qui fait que certains individus physiquement mâles sont de sexe chromosomique XX, souvent associé aux femmes.

Alors que fait ce fameux gène SRY? 

SRY est un gène gendarme si on peut le dire, il ordonne à d’autres gènes quoi faire pour qu’au final, un pénis et des testicules soient développés. Parmi ces gènes, on compte ceux qui régulent la production des hormones.

Les hormones sont des signaux qui circulent dans le sang pour indiquer au corps quoi faire. Ces signaux sont reconnus par des cellules équipées de récepteurs hormonaux qui, ensuite, exécutent l’ordre donné. Il y a différents types d’hormones contrôlant une variété de fonctionnalités corporelles comme le développement et la croissance, la faim, la température corporelle, le stress mais aussi les caractéristiques sexuelles. En matière de sexe, on parle souvent d’hormones féminines ( l’estrogène) et de l’hormone masculine (la testostérone). Comme vous l’aurez deviné, cet article est là pour vous dire que tout n’est pas blanc ni noir et que nous existons dans un spectre, une diversité d’expression.

Les femmes ont majoritairement de l’estrogène impliquée dans le cycle menstruel et les hommes de la testostérone essentielle dans la production de sperme. Cependant tous deux possèdent ces hormones, la seule chose qui diffère est la quantité. Par exemple, les porteurs de testicules ont jusqu’à 16 fois plus de testostérone que les porteuses d’ovaires. Chez les femmes par exemple, un taux  trop élevé ou trop bas de testostérone affecte l’organisme en conduisant au développement de caractéristiques secondaires masculines tout comme à des soucis de fertilité.

Ainsi, le gène SRY initie le développement des testicules autour de la septième semaine de grossesse en contrôlant une variété de gènes. Tout comme des mutations du gène SRY peuvent le rendre non-effectif et donner des sujets féminins malgré sa présence, des mutations dans des gènes codant des hormones, leurs récepteurs ou autre gène/élément de la chaîne peuvent aussi affecter le message final. Par exemple, il existe des personnes physiquement femmes dont les chromosomes sexuels sont  XY avec un gène SRY actif mais possédant des récepteurs de testostérone défectueux. On en déduit que des facteurs biologiques autres que le gène SRY sur le chromosome Y peuvent déterminer le sexe physique d’un individu. Le géniteur n’est donc pas le seul déterminant majeur du sexe d’un individu.


Le déterminisme sexuel est un procédé biologique complexe qui prend plusieurs facteurs en compte. Les scientifiques s’accordent de plus en plus pour dire que le sexe existe en tant que spectre. 

“C’est le papa qui détermine le sexe de l’enfant”

“Pourquoi est-ce important d’avoir des notions de ces concepts biologiques ?” me demanderez-vous. Il s’avère que beaucoup trop souvent, notre société juge les gens en fonction de leur apparence en se basant sur l’idée que le sexe physique est binaire, on est homme ou femme. Cela est souvent basé sur des notions scientifiques simplifiées. Il devient essentiel de se rendre compte de l’extraordinaire diversité qu’est la détermination du sexe comme dirait Amanda Montañez dans son essai “Au delà du XX et XY” . On dénote environ 1% de la population mondiale, soit 70 millions de personnes, dont les caractéristiques chromosomiques, hormonales, cellulaires, visibles ou pas, ne permettent de trancher si ce sont des hommes ou des femmes. Ces personnes sont désignées par le terme intersexe.  De nos jours, nombreux ignorent encore leur condition tandis que d’autres ont été médicalement et sociétalement poussés à s’assimiler. 

La leçon du jour est que l’habit ne fait pas le moine: nous ignorons la biologie des uns et des autres. Nous ne savons pas forcément pourquoi une personne développe de la barbe, une poitrine ou pas.  Ainsi, chaque fois que nous verrons quelqu’un.e dans la rue et que la première pensée est de commenter sur leur apparence physique, rappelons-nous que pour les personnes ambigües ou pas, “what you see, isn’t always the truth”

Sylvia.

2 commentaires sur “LE SPECTRE SEXUEL”

  1. Franchement dites vous que je n’ai pas envie de lire la totalité de l’article en un jet.
    J’apprécie trop la vulgarisation scientifique et franchement le sujet est bien amené…j’ai même pas envie de le finir 😁😁.

    En tout cas petit spoil dans la section 2 on a la clé du sujet.
    Bref vraiment top…

    Après j’ai pas trop accroché sur l’image d’illustration de l’article, le contraste entre le noir et le rouge est très fort (je me demande toujours si c’est une plante ou un tissu tricoté) en tout cas c’est le choix de l’équipe…moi ça m’a piqué les yeux.

    Bon j’ai déjà beaucoup parlé… à la prochaine.

    Très bon boulot la team…et les liens vers les sources juste top. Rigueur scientifique respectée jusqu’au bout.

  2. Je ne connais pas trop les compétences de tout le monde… ça me plairait bien de voir un article en lien avec les cycles du sommeil, les rêves ou les cauchemar.

    Juste une proposition si ça rentre dans votre liste de sujets / ligne éditoriale. Avec votre point de vue je suis sûr que ça peut donner quelque chose d’extra….

    Encore bravo

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